Pour l’ambassadeur de Syrie à l’ONU, l’Occident pratique un « terrorisme économique »

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01.05.2019

Toujours pas d’accord pour la mise en place d’un comité constitutionnel, en Syrie, où la propagande du régime a cours selon certains.

Vendredi 26 avril, l’ambassadeur de Syrie auprès des Nations unies (ONU), Bachar Jaafari, a accusé les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) de pratiquer le « terrorisme économique » contre son pays, en imposant ce qu’il a qualifié de sanctions illégitimes et unilatérales. Des accusations formulées dans un contexte de pénurie généralisée de carburant à Damas, la capitale syrienne, ainsi que dans d’autres régions contrôlées par le gouvernement. Ce qui a obligé les gens à attendre, pendant parfois des heures, dans des files de plusieurs kilomètres, pour obtenir quelques litres d’essence.

8 ans de guerre civile

« Il s’agit d’un terrorisme économique qui s’intensifie grâce à des mesures économiques unilatérales », a déclaré le représentant syrien à l’ONU, ajoutant que leur caractère illégitime provenait de l’absence de résolution du Conseil de sécurité allant dans ce sens. M. Jaafari a également fustigé les pays occidentaux qui refusent de rapatrier leurs citoyens ayant combattu dans les rangs de l’organisation Etat islamique (EI), précisant qu’ils ont fait « la Syrie deux fois victime ». Daech (acronyme arabe de l’EI), d’ailleurs, n’a pas été tout à fait anéanti, selon le diplomate, qui explique que les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés combattent toujours les djihadistes, à la frontière irakienne (est).

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Bachar Jaafari a tenu ces propos depuis Astana, la capitale kazakhe (récemment renommée Noursoultan), où la Russie, la Turquie et l’Iran tenaient une nouvelle série de pourparlers avec le gouvernement syrien et l’opposition. Objectif de l’entrevue : étudier les mesures à prendre pour rétablir la paix en Syrie, selon l’agence de presse AP. Il s’agissait du 12ème round des pourparlers d’Astana (ou de Noursoultan à présent), au cours duquel les belligérants ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la formation d’un comité chargé de rédiger une nouvelle constitution, étape pourtant clé, selon l’ONU et les Etats-Unis, pour mettre fin à 8 ans de guerre civile.

Propagande d’Assad

Sur le même sujet, mardi 30 avril, devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Geir O. Pedersen, a de son côté fait part de progrès, dans les discussions pour trouver une solution politique au conflit. Qui doit selon lui répondre aux aspirations de la population syrienne. A propos de l’organe chargé de rédiger un nouveau texte fondamental pour la Syrie, il a précisé qu’il continuait d’œuvrer à la conclusion d’un accord final « sur la composition et le mandat d’un comité constitutionnel crédible, équilibré, inclusif et viable ».

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Avec l’aide militaire cruciale de la Russie et de l’Iran, les forces de Bachar al-Assad ont repris le contrôle de la majeure partie du territoire auparavant détenu par les rebelles. Et le gouvernement ne cesse, depuis plusieurs mois, de communiquer sur la nécessaire reconstruction de la Syrie. Qui n’a pourtant pas éteint toutes ses mèches. C’est l’œuvre du « pouvoir d’Assad qui a décidé de laminer l’opposition démocratique et nous vend aujourd’hui sur la mort de ses opposants le narratif de la reconstruction », estime Marie Peltier, historienne et spécialiste de la propagande du régime syrien. Propagande qui pourrait très bien accoucher du terme « terrorisme économique », par exemple ?

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