Alors qu’Israël se dirige vers de nouvelles élections, Yair Lapid définit sa vision

Le Parlement israélien a voté, jeudi, sa dissolution, appelant les cinquièmes élections du pays en un peu plus de trois ans.

Les sondages indiquent qu’il sera difficile pour M. Lapid de battre son principal rival, l’ancien Premier ministre Benjamin Nétanyahou, une personnalité clivante, au cœur de la crise politique qui perdure en Israël. Les élections sont prévues pour le 1er novembre.

M. Lapid, ancien auteur, chroniqueur et animateur de télévision, a été l’architecte du gouvernement de coalition sortant, une alliance de huit partis diversifiés couvrant l’ensemble de l’échiquier politique israélien, principalement liée par leur antipathie commune envers M. Nétanyahou. La coalition a mis fin aux 12 années de règne de ce dernier, le Premier ministre israélien ayant la plus longue durée de vie.

Comme pour les quatre élections précédentes, le prochain scrutin promet donc d’être un énième référendum sur Benjamin Nétanyahou, « adoré » avec une vénération digne d’un culte par ses admirateurs, et honni avec la même force par ses opposants. Les élections se concentreront sur son aptitude à diriger, alors qu’il est confronté à des accusations liées à des pots-de-vin qu’il aurait acceptés, de fraude et d’abus de confiance. Il a nié tout acte répréhensible.

Électeurs arabes

Le gouvernement actuel s’est effondré un peu plus d’un an après sa formation en raison de luttes intestines et d’une série de défections. Dans le cadre de l’accord de partage du pouvoir, l’actuel Premier ministre, Naftali Bennett, devrait céder sa place à M. Lapid, qui prendra officiellement ses fonctions vendredi. Le premier ne se présentera pas en novembre.

Dans l’histoire politique israélienne, aucun parti n’a jamais obtenu à lui seul la majorité parlementaire de 61 sièges requise pour former un gouvernement. « Au lieu de cela, le chef du parti qui peut rassembler une coalition majoritaire avec d’autres partis devient Premier ministre », rappelle l’agence américaine Associated Press (AP).

Cela donne lieu à une bataille de facto entre M. Nétanyahou, dont le Likoud (droite) devrait être le parti le plus important, et M. Lapid, dont le parti devrait être le deuxième plus important, mais qui pourrait être mieux placé pour former une coalition. Les deux hommes sont des orateurs charismatiques et doués, dotés d’un talent rare pour s’adresser aussi bien à de larges publics qu’à des groupes plus restreints. Pourtant, ils offrent des visions du monde très différentes.

Le second, un résident laïc et cosmopolite d’un quartier huppé de Tel Aviv, a fait irruption sur la scène politique en 2012 en créant son parti Yesh Atid (« Il y a un avenir »), qui s’adresse à la classe moyenne modérée et en difficulté du pays. Depuis ces premiers jours, il s’est transformé en un leader de l’opposition fougueux et finalement en un opérateur avisé qui a évincé Benjamin Nétanyahou.

Il a critiqué l’influence démesurée des partis ultra-orthodoxes et prévoit de courtiser les électeurs arabes, sinon pour Yesh Atid, du moins pour des partenaires qui pourraient rejoindre une future coalition – la coalition sortante qu’il a aidé à construire est entrée dans l’histoire en étant la première à inclure un parti arabe.

« Seule alternative »

Yair Lapid sera également le premier Premier ministre israélien depuis 2009 à soutenir une solution à deux États avec les Palestiniens, même s’il ne pourra pas lancer d’initiatives majeures pendant son mandat intérimaire. Sur le chemin de la campagne, il se présentera donc comme un rassembleur, tout en dépeignant son rival comme un diviseur. M. Nétanyahou dépeindra probablement quant à lui son rival comme inexpérimenté et dangereux.

M. Lapid ne s’est pas exprimé publiquement après le vote de jeudi, mais il a organisé des réunions et rendu visite à Yad Vashem, le mémorial national de l’Holocauste en Israël. Son père, l’ancien journaliste et ministre Joseph Lapid, était un survivant de l’Holocauste et une influence majeure sur son fils.

« Immédiatement après le vote, je me suis rendu à Yad Vashem pour promettre à mon père que je maintiendrai toujours Israël fort, capable de se défendre et d’assurer la paix à ses enfants », a-t-il déclaré.

Benjamin Nétanyahou, quant à lui, est un fervent nationaliste aligné sur les partis religieux et ultranationalistes qui s’opposent à la création d’un État palestinien et soutiennent le mouvement des colons de Cisjordanie, largement considéré au niveau international comme illégal et faisant obstacle à la paix. « Il aime diviser et conquérir ses adversaires et utilise fréquemment un langage incendiaire contre la minorité arabe d’Israël », précise AP.

« Ils ont promis le changement, ils ont parlé de guérison, ils ont tenté une expérience, et l’expérience a échoué, a déclaré l’ancien Premier ministre, dans un discours au Parlement avant le vote de jeudi, alors qu’il s’en prenait au gouvernement sortant. Nous sommes la seule alternative : un gouvernement nationaliste fort, stable et responsable », a-t-il appelé de ses vœux. Après quoi il s’est rendu dans un centre commercial de Jérusalem, où il a promis à ses partisans en liesse qu’il s’attaquerait à la hausse des prix.

Briser la glace

Face à un pays qui n’a guère connu autre chose que le leader du Likoud pendant plus d’une décennie, la tâche de Yair Lapid dans les mois à venir sera de convaincre le public qu’il a l’étoffe d’un Premier ministre. Durant l’année écoulée, il a profité de son poste de ministre des Affaires étrangères pour se constituer une liste de contacts internationaux, en approfondissant les liens avec de nouveaux alliés arabes et en faisant du lobbying en marge des négociations sur le programme nucléaire iranien.

Et son nouveau poste, même s’il n’est qu’intérimaire, lui offrira une puissante plateforme pour poursuivre cet objectif. Dans deux semaines, il accueillera le président américain, Joe Biden, ce qui lui offrira un moment privilégié et des séances de photos à répétition. M. Lapid tiendra des conférences de presse, dirigera des réunions de cabinet et des séances d’information sur la sécurité pour discuter des questions les plus importantes pour le pays, et devrait avoir l’occasion de s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies à l’automne.

« Ces moments pourraient l’aider à consolider l’image d’homme d’État qu’il a cherché à construire », estime AP. Cette semaine, à la Knesset, le Parlement israélien, il est apparu calme, posé et pensif. En privé, il se montre plus chaleureux et est connu pour briser la glace avec un humour teinté d’autodérision, rapporte également l’agence américaine.

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