L’Autorité palestinienne de retour à Gaza

Le rapprochement du Fatah de Mahmoud Abbas et des islamistes du Hamas laisse entrevoir une amélioration des conditions de vie dans la bande de Gaza.

Une décennie. Il aura fallu patienter dix ans pour que s’amorce la réconciliation entre le Hamas et le Fatah en Palestine. Mercredi 1er novembre, le mouvement islamiste, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, a officiellement remis le contrôle des points de passage vers les territoires voisins à l’Autorité palestinienne (AP). Ceci en application de l’accord signé le 12 octobre dernier, au Caire, par les deux parties, sous l’égide de l’Egypte. Les postes frontières d’Erez et Kerem Shalom, entre Gaza et Israël, ainsi que celui de Rafah, entre l’Egypte et le territoire palestinien, sont désormais sous la responsabilité du chef de l’AP, Mahmoud Abbas.

« Trajectoire de ‘dé-développement’ »

Si la réouverture des passages vers l’Etat hébreu n’est pas d’actualité, celle, très stratégique, de la frontière égyptienne, est dans l’esprit de tous les habitants de Gaza, isolés du reste du monde par les blocus israélien et égyptien. « Ce qui est important, au-delà du transfert de contrôle du passage de Rafah, c’est sa réouverture, qui est très attendue par les Gazaouis, dont la vie et les droits humains les plus basiques, comme la liberté de mouvement et de circulation, dépendent énormément de cette frontière » indiquait le ministre de l’Enseignement supérieur de l’AP, Sabri Saidma, à France 24.

En juillet dernier, un rapport des Nations unies (ONU), intitulé « Gaza – dix ans après », alertait déjà sur les conditions de vie des deux millions d’habitant de la bande de Gaza, qui se détériorent « davantage et plus vite » que prévu. En se basant sur certains indicateurs clés – comme le manque d’approvisionnement en énergie, la chute du produit intérieur brut par habitant et la diminution de l’offre de santé –, l’équipe onusienne à l’origine du rapport prévoyait que le territoire deviendrait « inhabitable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour inverser la tendance. « La bande de Gaza a poursuivi sa trajectoire de ‘dé-développement’ » avait déclaré Robert Piper, coordinateur humanitaire de l’ONU.

Discussions de paix

C’est dire s’il était urgent que les parties parviennent à s’entendre. A présent, « l’Autorité palestinienne espère que le passage de Rafah sera rouvert d’ici la mi-novembre » confiait Sabri Saidma. « Pour ce faire, nous comptons sur la coopération de la partie égyptienne, qu’il faut saluer pour le rôle déterminant qu’elle a joué dans cet accord, et nous attendons qu’elle propose un programme et un agenda clairs pour sa réouverture. » Signe encourageant pour les Gazouis : Le Caire, qui jusqu’à présent soumettait la réouverture de sa frontière au retour de l’Autorité Palestinienne dans la bande de Gaza, a dépêché mercredi plusieurs responsables afin de superviser le passage de témoin entre le Hamas et le Fatah.

Le 21 novembre prochain, d’ailleurs, les trois parties se retrouveront dans la capitale égyptienne pour discuter notamment de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, qui comprendrait des membres des deux factions. La Palestine pourrait ainsi s’exprimer d’une seule voix, dans la perspective de discussions de paix avec Israël, par exemple. Pour l’instant, l’Etat hébreu refuse de s’assoir à la même table que le Hamas tant que l’organisation ne sera pas démilitarisée. Une posture qui pourrait évoluer dans les prochains mois.