Six mois après l’explosion de Beyrouth, Care alerte sur la pauvreté au Liban

|
02.02.2021

La perte d’activité est estimée entre 2,9 milliards et 3,5 milliards de dollars par la Banque mondiale.

Six mois après, Beyrouth peine à panser ses plaies. Le 4 août dernier, l’explosion d’un stock de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, dans l’enceinte du port de la capitale libanaise, causait la destruction de ce dernier, ainsi que plus de 200 morts et plusieurs milliers de blessés, touchés par des déflagrations dont la force équivalait à celle d’un tremblement de terre d’une magnitude de 35… A l’époque, le Liban, fragilisé par des années de guerre civile (1975-1990), faisait déjà face à une crise économique, sociale et politique.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Si « un grand nombre de reconstructions ont eu lieu […] des quartiers entiers restent détruits », alerte l’ONG Care dans un communiqué publié mardi 2 février. L’organisation, qui a soutenu quelque 28 000 personnes dans Beyrouth et sa banlieue, entre les aides alimentaires et la reconstruction de leur maison, de prévenir : « Si quelques milliers de personnes ont pu rentrer chez elles, beaucoup d’autres ont quitté la ville ou vivent toujours chez des proches car elles ont tout perdu ».

De nombreux Beyrouthins n’ont pas les moyens de reconstruire leur foyer, à cause de la crise économique qui frappe le Liban. Fin 2020, Care avait mené une étude pour évaluer les besoins les plus urgents au « pays du Cèdre ». Les chiffres sont édifiants : 18 % seulement des personnes interrogées travaillent à temps plein ; 94 % d’entre elles gagnent moins que le salaire minimum (450 dollars américains par mois) ; 72 % des Libanais sondés vivent endettés, principalement à cause des dépenses alimentaires.

« Énième catastrophe »

Le prix du panier de base a par exemple augmenté de plus de 250 %, souligne l’ONG. Qui regrette que « pour faire face à la situation, de nombreuses familles [soient] obligées de retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler ». Certaines d’entre elles souffrent d’ « insécurité alimentaire », en particulier dans la région du Mont-Liban (centre-ouest), quand d’autres ne peuvent supporter à la fois le coût des soins de santé et l’achat de produits alimentaires de base.

« L’explosion du port de Beyrouth a été une énième catastrophe à ajouter à la trop longue liste de malheurs qui touche le Liban depuis maintenant un an : crise économique, financière, sociale, politique mais aussi sanitaire avec la pandémie de coronavirus qui s’accentue encore depuis début 2021. Des personnes sont désormais soignées dans les parkings des hôpitaux qui sont totalement saturés », alerte Bujar Hoxha, directeur de Care au Liban.

Un Libanais sur deux vit désormais sous le seuil de pauvreté (contre 28 % en 2018) du fait de la crise économique, selon les Nations unies (ONU). Un chiffre qui atteint 91 % pour les réfugiés syriens ayant fui la guerre pour s’installer au Liban. « En août dernier, après l’explosion, le monde entier avait les yeux rivés sur Beyrouth et nous avons reçu un soutien incroyable. Mais six mois après, il ne faut pas oublier les Libanais », exhorte Bujar Hoxha, qui appelle la communauté internationale à les « soutenir ».

Partages