Le plan de paix israélo-arabe de Trump ou la création de bantoustans palestiniens

De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la situation d’apartheid, pour la Palestine, proposée par la « vision » américaine.

Le président américain a beau avoir une haute opinion de sa personne, difficile de croire, malgré ses dires, qu’il ait réellement foi dans « son » plan de paix israélo-arabe, dévoilé mardi soir en présence du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à la Maison-Blanche. Présentée à grand renfort de communication comme le « deal du siècle », la « vision » américaine n’est qu’une énième tentative supplémentaire de mettre fin au conflit israélo-palestinien, qui dure depuis plus de soixante-dix ans maintenant. Sauf que cette fois-ci, plutôt que de s’embarrasser avec une partie palestinienne réputée « faible », les architectes américains n’ont pris en considération que les intérêts des Israéliens, de facto déclarés vainqueurs d’un différend autrement plus délicat à résoudre.

En autorisant, comme s’il en avait le pouvoir, les autorités israéliennes à exercer leur souveraineté sur les colonies israéliennes situées en Cisjordanie – illégales au regard du droit international -, mais également sur la ville de Jérusalem, que Washington reconnait comme capitale d’Israël depuis 2017, M. Trump a balayé d’un revers de manche l’une des règles les plus fondamentales en droit international : pas de règlement de conflit qui tienne la route sans prise en compte de tous les intérêts en présence, pour tenter de parvenir à la meilleure solution possible, tout en sachant que la solution parfaite n’existe pas – en règle générale, mais surtout dans le cadre du conflit israélo-palestinien, où l’on marche constamment sur des œufs.

« Accord injuste »

Ce coup de bulldozer – là où une avancée extrêmement précise et fine aurait dû être favorisée – n’a pas manqué de faire réagir. A commencer par les ministres arabes des Affaires étrangères, réunis samedi au Caire, en Egypte, à la demande de l’Autorité palestinienne, pour discuter du plan américain. Dans un communiqué, la Ligue arabe a déclaré qu’elle ne coopérerait pas avec les Etats-Unis pour exécuter la « vision » de Donald Trump, parce qu’elle « ne répond pas aux droits et aux aspirations minimales du peuple palestinien »« Le plan conduit à un statut qui équivaut à une situation d’un seul Etat comprenant deux classes de citoyens, c’est-à-dire l’apartheid, dans lequel les Palestiniens seront des citoyens de seconde classe, privés des droits fondamentaux de la citoyenneté », a déclaré de son côté le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit.

Entre autres participants, Mohamed Alhakim, le ministre irakien des Affaires étrangères, a rappelé quelles étaient les positions de son pays concernant le « deal du siècle ». Tout en appelant les Etats membres de la Ligue arabe à apporter leur soutien à la cause palestinienne, il a précisé que le plan de Donald Trump ne fera qu’ « exacerber le niveau de violence et d’extrémisme dans la région »« Une stratégie doit être élaborée en concertation avec tous les amis [de la Palestine] pour sensibiliser le monde entier aux dangers de cet accord injuste quant à la sécurité et à la stabilité » du Proche-Orient, a-t-il estimé, avant d’expliquer que la résolution des problèmes de la région passait obligatoirement par la reconnaissance des droits des Palestiniens.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui a participé à la réunion au Caire, a quant à lui affirmé qu’il restait déterminé à mettre fin à l’occupation israélienne et à établir un Etat palestinien avec sa capitale à Jérusalem-Est. « Je ne veux pas que l’histoire retienne que j’ai vendu Jérusalem », a-t-il dit, ajoutant qu’il mettait fin aux relations sécuritaires avec Israël et les Etats-Unis. La Jordanie, qui a conclu un traité de paix avec Israël en 1994, a souhaité mettre en garde Israël contre toute « annexion de terres palestiniennes », et réaffirmé son engagement en faveur de la création d’un Etat palestinien incluant toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est, pour l’instant annexée par l’Etat hébreu.

Négation du droit international

A ce titre, dès la publication du plan américain, mardi dernier, le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, avait rappelé que la position de la communauté internationale sur la solution à deux Etats avait été définir, au fil des ans, « par les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale auxquelles le secrétariat [de l’ONU] est lié ». « L’ONU reste déterminée à aider les Palestiniens et les Israéliens à résoudre le conflit sur la base des résolutions des Nations unies, du droit international et des accords bilatéraux et à réaliser la vision de deux États – Israël et la Palestine – vivant côte à côte dans la paix et la sécurité à l’intérieur de frontières reconnues , sur la base des lignes antérieures à 1967 », avait ajouté son porte-parole.

Dans un communiqué de presse publié vendredi, Michael Lynk, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme dans le territoire palestinien occupé depuis 1967, y est aussi allé de sa critique. Selon lui, le plan américain, totalement déséquilibré et en faveur d’une seule partie au conflit, « n’est pas une recette pour une paix juste et durable, mais approuve plutôt la création d’un bantoustan du 21ème siècle au Moyen-Orient », a-t-il dit en référence à ces régions créées durant l’apartheid en Afrique du Sud, qui offraient aux populations noires un certain degré d’autonomie. Avant d’exhorter la communauté internationale à condamner l’annexion des territoires palestiniens permise par Donald Trump.

Ce dernier n’a jamais caché son tropisme israélien depuis qu’il est à la Maison-Blanche. Il l’a prouvé une nouvelle fois la semaine dernière, en révélant un plan qui permet de facto à Benyamin Nétanyahou de voir venir les législatives du 2 mars prochain avec davantage de sérénité – le Premier ministre israélien est tout de même inculpé dans trois affaires pour corruption notamment. Mais à quel prix ? Celui de la négation des engagements de la communauté internationale vis-à-vis des Palestiniens, diront certains voix, voire la négation du droit international tout court, d’après Michael Lynk. Quoi qu’il en soit, Donald Trump prouve que sur la scène mondiale tous les coups sont permis. Et ce n’est pas une bonne chose.

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