Egypte : le journaliste Mahmoud Hussein Gomaa reste en détention

« En plus d’être cruel, le maintien en détention de Mahmoud Hussein Gomaa ne repose sur aucun fondement », a dénoncé RSF.

C’est un twist qui en dit long sur l’état de la liberté de la presse en Egypte. Après avoir annoncé la libération conditionnelle de Mahmoud Hussein Gomaa, journaliste pour Al-Jazeera, média qatari de référence au Moyen-Orient, le 23 mai dernier, la justice égyptienne a changé d’avis. Et choisi de le maintenir en détention, après plus de deux ans et demi passés derrière les barreaux.

Selon Reporters sans frontières (RSF), qui suit de près le dossier et « condamne » évidemment ce revirement, Mahmoud Hussein Gomaa, selon sa famille, aurait été transféré vers le même centre de détention, et est désormais visé par une nouvelle enquête. « Une fois de plus, il a fait l’objet d’un interrogatoire sans la présence d’un avocat. Sa fille, qui s’était préparée à sa sortie de prison, raconte avoir en vain tenté de lui rendre visite, mais elle n’a pas été autorisée à le voir », fait savoir RSF.

« En plus d’être cruel, le maintien en détention de Mahmoud Hussein Gomaa ne repose sur aucun fondement, estime le bureau Moyen-Orient de l’organisation. Le fait de lui imputer de nouvelles charges et de le priver, une fois encore, d’un avocat renforce le caractère arbitraire de sa détention. RSF demande l’abandon de toutes les charges qui pèsent contre lui et sa libération dans les plus brefs délais. »

« Des années en détention provisoire »

Le journaliste avait été arrêté le 23 décembre 2016 par les autorités alors qu’il rentrait en Egypte pour voir sa famille. Il fait partie, relate RSF, des « nombreux journalistes, activistes et avocats mis en cause en 2018 dans ‘‘l’affaire 441’’, plus connue sous le nom de ‘‘cellules médiatiques des Frères musulmans’’ ». Sous couvert de lutte contre le terrorisme, Abdel Fattah al-Sissi livre une véritable guerre aux membres de cette confrérie, à laquelle appartenait l’ancien président égyptien, Mohamed Morsi, chassé du pouvoir en 2013.

« Tous font face à diverses accusations liées à la lutte contre le terrorisme, telles que ‘‘appartenance ou soutien à un groupe terroriste’’ et ‘‘diffusion de fausses nouvelles’’ », ajoute RSF. Qui s’était d’ailleurs alarmée, en marge de la publication de son classement annuel sur la liberté de la presse, de la situation « de plus en plus préoccupante » en Egypte. « Le pays est devenu l’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes. Certains passent des années en détention provisoire sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux ou sans jamais être jugés », faisait ainsi savoir l’organisation. Citant, sans le nommer, le cas de Mahmoud Hussein Gomaa.