Yémen : la communauté internationale doit rompre son silence

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03.09.2018

Le conflit au Yémen, « pire crise humanitaire » du monde selon l’ONU, fait l’objet de pourparlers de paix jeudi 6 septembre.

Jeudi 6 septembre, Genève (Suisse) va accueillir d’énièmes pourparlers de paix interyéménites sous l’égide des Nations unies (ONU). Un grand raout comme les relations internationales les affectionnent tant, dont tout le monde craint de connaitre le résultat à l’avance. Le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil chez le parrain saoudien, ainsi que tous les loyalistes, ne parviendront sans doute pas à s’entendre avec les rebelles houthistes. Ces derniers, qui contrôlent depuis près de quatre ans la capitale yéménite, Sanaa, ainsi que certaines places fortes du pays – comme la région d’Hodeïda -, refuseront vraisemblablement de rendre les armes. Il y a pourtant urgence à mettre un terme au conflit, qui s’enfonce toujours un peu plus dans l’ignoble.

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La semaine dernière, la mission d’experts mandatée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a pour la première fois évoqué des « crimes de guerre » au Yémen. Entre septembre 2014, date du début des hostilités entre forces gouvernementales et rebelles, et juin 2018, les combats ont touché de nombreux civils – sur un total de 10 000 victimes jusqu’à présent. « Zones résidentielles »« marchés »« installations médicales » ou encore « cérémonies de mariage ». Ces dernières années, dans le petit pays du sud de la Péninsule arabique, pas moyen de se rassembler sans courir le risque de se faire tuer. Dans le viseur de l’ONU ? Toutes les parties prenantes au conflit, coupables selon elle d’actes odieux. Mais avant tout l’Arabie saoudite.

Résolution politique du conflit

Depuis son entrée en guerre, en mars 2015, à la tête d’une coalition arabe – pour épauler le gouvernement yéménite face aux Houthis -, Riyad a fait de son voisin un véritable terrain de jeu. D’où elle a visiblement banni toutes les règles. Souvent critiqués par la communauté internationale pour leurs frappes aériennes, les Saoudiens, qui n’opèrent presque aucune distinction entre cibles civiles et militaires, échappent régulièrement – pour ne pas dire à chaque fois – aux sanctions. Et n’écopent que de remontrances par communiqués publiés. Au cours du seul mois d’août, la coalition saoudienne a ainsi effectué une frappe et deux raids qui ont fait plusieurs dizaines de victimes civiles. Dont au moins 60 enfants.

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Le commandement saoudien a eu beau s’excuser auprès des familles des victimes, accepter les conclusions de la mission d’enquête onusienne et promettre de punir les responsables, l’issue semble trop facile. Comme si la communauté internationale donnait son blanc-seing à toutes les ignominies commises sur le territoire yéménite. Qui ne sont pas uniquement le fait de l’Arabie saoudite ; les experts de l’ONU ont écharpé les rebelles houthistes, eux aussi coupables d’utiliser des enfants « pour participer activement aux hostilités ». Reste que les combats, tantôt ouverts tantôt larvés, ont précipité le pays dans une situation humanitaire catastrophique, que seule la résolution politique du conflit pourrait calmer.

« Les enfants ne sont #PasDesCibles »

L’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, ne cesse de militer depuis des mois pour cette solution pacifique. Mais on ne peut que constater, malheureusement, le silence de la communauté internationale en guise de réponse. Un silence gêné, partagé entre la nécessité de dénoncer, d’un côté, et celle de préserver ses intérêts, de l’autre. La France, par exemple, l’un des premiers vendeurs d’armes au monde, doit ménager son partenaire saoudien, à qui elle vend régulièrement du matériel. Hors de question, par conséquent, de critiquer ouvertement l’action de Riyad au Yémen ; Paris aurait des stocks d’armements invendus et devrait aller chercher son pétrole ailleurs. Sans compter tous les partenariats entre les deux pays qui prendraient fin.

Pourtant, la situation – et l’urgence qui l’accompagne – rend nécessaire une (ré)action de la communauté internationale, afin de mettre fin aux combats. Voilà ce que pense la majorité des acteurs – humanitaires pour la plupart – présents au Yémen. « Les enfants et familles continuent d’être les victimes de violences insensées au #Yémen : hier encore à #Hodeida. Les enfants ne sont #PasDesCibles ! L’UNICEF appelle les parties au conflit à mettre définitivement fin à cette guerre » a par exemple tweeté l’organisme onusien la semaine dernière. Pas sûr, cependant, qu’il soit entendu. Sauf (très) heureuse surprise, les pourparlers de Genève devraient déboucher, comme il y a deux ans, sur un espoir de paix douché.

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