Algérie : les leçons du changement

« Sommes-nous des acteurs du changement ou contentons-nous de le subir ? » se demande Mounira Elbouti.

A la minute où j’allume mon ordinateur, le flux de notifications me fait penser à une impression de déjà-vu : présidentielle américaine avec Donald Trump ; en Algérie, une président malade transporté à l’étranger pour recevoir les soins nécessaires et une multitude d’attentats terroristes en Europe. Bref, rien de nouveau.

Rien de nouveau, à quelques détails près : le monde va toujours aussi mal, avant ou après les dernières élections américaines, l’hémorragie terroriste n’a pas été stoppée, l’islamophobie lutte toujours et l’Algérie ne dit toujours pas la vérité sur la santé de son président.

C’est le même fil narratif, sauf que Joe Biden remplace Hilary Clinton, un terroriste en remplace un autre et Abdelmajid Tebboune remplace Abdelaziz Bouteflika. Et ce n’est pas que l’histoire se répète : c’est que le changement peine à arriver.

Durant mes études supérieures : je me suis souvent intéressée à un terme qu’on nous enseignait en management et que je suis appelée aujourd’hui à enseigner à mon tour à mes étudiants : le management du changement, souvent suivi dans les mots clés par : la résistance au changement.

Et de là je me pose la question suivante : sommes-nous de mauvais managers du changement ou de mauvais résistants ?

Si on suit la première hypothèse : mauvais managers du changement, il en ressort que nous ne savons pas amorcer les transformations et nous y préparer : nous subissons le changement pour lequel nous sommes plus assujettis qu’acteurs et c’est là que les malheurs arrivent, les crises s’enchainent, les solutions deviennent difficiles et requièrent de plus en plus de courage et les leçons à tirer vont très vite aux oubliettes.

L’oubli, cet autre ennemi de l’humanité

Nous sommes friands d’informations, l’ère de la transformation digitale, du royaume des GAFAM et des SMACIT que nous vivons le confirme mais ces données sont-elles conservées dans nos mémoires ? Avons-nous une mémoire collective actuelle ou notre disque dur se trouve-t-il saturé ?

Les américains ont vite oublié le mandat catastrophique de Trump avec les inégalités, la crise et la gestion chaotique de la Covid-19, les médias ont partiellement fait reluire l’image de « Superman », de leur côté ,  les Algériens ont vite oublié le danger de la manipulation médiatique et le manque de transparence sur l’état de santé de leur président et l’Europe, quant à elle, a oublié de retenir ses leçons en termes d’injustice sociale, de laïcité et de manipulation médiatique, elle aussi. Vous l’aurez compris, les médias c’est, quelques fois, l’autre ennemi des peuples.

On oublie vite les procès sans accusés, les peines réduites, les failles du système et les promesses non tenues. On oublie vite par ces temps que les musulmans ne sont pas des terroristes et que l’islam n’est qu’une religion.

Et on oublie que la démocratie traverse une crise, que les nationalistes ne sont qu’une mode qui cyclique finira bien par passer et que la Covid a été mal gérée partout – sauf par les Chinois-.

Mon président a été transporté ? à bord d’un avion français ? pour aller se soigner en Allemagne d’un virus chinois, au sens propre du terme. Je n’y vois aucune leçon de mondialisation. Je continue d’observer.

Refusons-nous le changement ?

La plus grande puissance du monde va élire son président et les deux candidats ne m’inspirent pas confiance mais comme dit l’adage, au pays des aveugles, le borgne est roi.

Je vis en Europe et j’entends, avec les oreilles d’une arabe malgré moi, les discours haineux des chaines françaises à l’encontre de l’islam : je regarde puis je ferme les yeux, je respire un bon coup et me dis : ce n’est pas mieux que chez nous.

La deuxième hypothèse quant à elle est celle de la résistance : nous refusons de changer et préférons rester dans notre bêtise et notre ignorance que d’ouvrir les gros chantiers interminables qui nous permettront d’aller de l’avant. Ni les américains, les Algériens, ni les Européens n’ont appris leur leçon sur le changement. Nous avons au moins cela en commun.

Pourtant je continue d’y croire et je rêve d’une société humaniste, ouverte et évolutive.

La Covid nous aura pris des êtres chers mais nous aura beaucoup appris, à nous qui voulons tirer des leçons. Le changement ne se subit pas, il se choisit et se prépare.

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