Enfants et enseignants yéménites sont obligés de quitter l’école

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03.12.2018

Deux millions d’enfants sont déscolarisés au Yémen, selon l’UNICEF, dont 500 000 depuis l’entrée en guerre de la coalition saoudienne.

Plusieurs dizaines de milliers de morts, 14 millions de personnes en situation de « pré-famine », un Etat en déréliction totale, une inflation insoutenable (41,8 %), une croissance inexistante (-10 %)… Et une éducation nationale qui ne cesse de s’étioler. Depuis que le conflit yéménite s’est internationalisé, en mars 2015, 500 000 enfants ont été contraints de quitter les bancs de l’école, vient d’alerter Meritxell Relaño, la représentante de l’UNICEF au Yémen. Ce qui porte le nombre d’enfants déscolarisés à plus de 2 millions sur l’ensemble du pays. Des chiffres qui indiquent, certes, que les Yéménites n’ont pas eu besoin qu’une guerre éclate pour voir leur système scolaire se casser la figure. Mais qui doivent tout de même inquiéter au plus haut point. Si les combats entre la coalition saoudienne – qui épaule l’armée du président yéménite, Abd Rabo Mansour Hadi – et les rebelles Houthis devaient durer encore des mois, combien de dizaines, voire de centaines de milliers d’enfants innocents supplémentaires seraient éloignés des écoles ?

C’est notamment à Hodeïda, dans l’ouest du pays, que la situation est la plus alarmante. La ville portuaire, aux mains des combattants chiite mais assiégée depuis plusieurs mois par la coalition, a connu la semaine dernière un nouveau regain de violence, alors que Martin Griffiths, l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) au Yémen, avait réussi à imposer une trêve de quelques jours. Le week-end dernier, les Saoudiens ont conduit quelque 35 raids aériens sur la zone, selon un porte-parole des Houthis, causant la mort d’une trentaine de personnes, combattants pro-gouvernementaux comme rebelles. Dans ces conditions, impossible d’assurer l’acheminement des enfants à l’école – les convois de toute sorte étant régulièrement pris pour cible. Résultat : « Plus de 60 000 garçons et filles ne sont pas scolarisés à cause des combats dans et autour de la ville portuaire de Hodeïda, s’inquiète Meritxell Relaño. Seul un élève sur trois est en mesure de poursuivre ses études et moins d’un quart des enseignants est présents à l’école. »

Pourparlers de paix

Tandis que la violence soutenue, dans la région, a contraint plus du tiers des écoles à fermer, dont 15 situées en première ligne et d’autres gravement endommagées ou utilisées comme abris pour des familles déplacées, la plupart du personnel éducatif n’a pas touché de salaire depuis plus de deux ans, selon l’UNICEF. Et si « beaucoup d’enseignants ont été obligés de fuir les violences ou de trouver d’autres moyens de joindre les deux bouts », ajoute Mme Relaño, d’autres continuent coûte que coûte d’aller à l’école pour éduquer les jeunes Yéménites. « Leur engagement en faveur de l’apprentissage des enfants à apprendre n’est rien d’autre qu’héroïque », a d’ailleurs souligné la représentante de l’UNICEF au Yémen. Afin de les aider – matériellement mais également moralement -, l’agence onusienne élabore en ce moment un programme visant à leur payer de petites sommes en espèces tous les mois. Le temps que la crise salariale passe. Ce qui n’est toutefois pas près d’arriver. Tous les fonctionnaires étant ainsi délaissés par l’Etat.

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D’où l’importance, selon Meritxell Relaño, que « les autorités yéménites travaillent de concert pour trouver une solution au paiement des salaires. » Et, surtout, pour que « la guerre sur les enfants au Yémen » cesse. Fin octobre dernier, Geert Cappelaere, le directeur de l’UNICEF pour le Moyen-Orient, avait déclaré que le pays de la péninsule Arabique, où 30 000 enfants meurent chaque année de malnutrition, selon lui, « est un enfer sur terre pour 50 % à 60 % des enfants. Un enfer pour chaque garçon et chaque fille. » Un enfer que seuls l’arrêt définitif des combats et l’érection d’une solution politique peuvent faire disparaître. La semaine dernière, alors que plusieurs tentatives de pourparlers entre coalition saoudienne et Houthis ont déjà échoué, l’ONU a annoncé que les deux parties semblaient d’accord pour s’assoir autour d’une même table et discuter de la paix. Ce qu’a confirmé l’ambassadeur britannique au Yémen, Michael Aron, après qu’il s’est entretenu avec les Saoudiens et les Houthis. Qui devraient donc, sauf revirement de dernière minute – du déjà vu… -, se retrouver cette semaine à Stockholm, en Suède.