Yémen : ce qu’il faut retenir de l’actualité du mois de janvier

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04.02.2018

L’ONU a lancé un vaste plan humanitaire pour le pays, menacé dans son intégrité par le séparatisme sudiste.

Tous les mois, retrouvez un résumé de l’actualité d’un pays et d’un domaine donnés. Aujourd’hui, focus sur la situation au Yémen.

A la guerre que se livrent loyalistes et rebelles houthistes, au Yémen, s’est ajoutée, il y a quelques jours, une ligne de fracture Nord-Sud. Mardi 30 janvier, les indépendantistes sudistes, membres du Conseil de transition sudiste (CTS) – une institution officieuse -, se sont emparés de la quasi-totalité d’Aden, la deuxième ville du pays (sud), où s’était retranché le gouvernement en septembre 2014 après la prise de Sanaa, la capitale, par les Houthis. Celui-ci a perdu la plupart de ses positions-clés, à l’intérieur comme à l’extérieur de la ville, au terme de trois jours de combats qui ont fait une quarantaine de morts et plus de 220 blessés.

Si les sudistes yéménites n’avaient pas, début février, revendiqué clairement leur indépendance, un tel conflit ouvert entre « le Nord et le Sud » commençait à devenir inévitable, d’après Joe Macaron, analyste américain membre de l’Arab Center Washington DC. « Les tensions ne cessent d’augmenter depuis l’année dernière » entre les Yéménites du Sud et le gouvernement, accusé par les premiers de corruption. « Le 21 janvier, [la Résistance du Sud] a déclaré son intention de changer le gouvernement de Hadi [le président yéménite en exil en Arabie saoudite, ndlr] et de le remplacer par un ‘‘cabinet de technocrates’’. »

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Coalition arabe 

Sauf que le chef de l’Etat, le 28 janvier, a rejeté l’ultimatum lancé par le dirigeant du CTS, Aidarous al-Zoubaidi – ancien gouverneur d’Aden limogé l’an dernier par M. Hadi -, en refusant d’évincer le Premier ministre, Ahmed ben Dagher. « Les séparatistes ont alors lancé leur offensive » pour prendre le contrôle de la ville portuaire, soutenus dans leur quête par les Emirats arabe unis (EAU), pourtant membres de la coalition de pays arabes dirigée par l’Arabie saoudite, qui épaule le gouvernement yéménite contre les Houthis. De quoi rebattre quelque peu les cartes des Saoudiens au Yémen ?

Pour Simon Henderson, directeur de recherches à l’Institut du Golfe à Washington, la fin de l’alliance entre les séparatistes du Sud et les forces gouvernementales pourrait en tout cas être révélatrice d’un soutien moins inconditionnel de la coalition arabe à Abd Rabbo Mansour Hadi« La réalité semble être que les EAU en sont arrivés à être exaspérés par Hadi et qu’ils orchestrent leur propre plan pour le Yémen du Sud ». Cette région du pays, indépendante jusqu’à son unification avec le Yémen du Nord en 1990, s’est plainte à différentes reprises d’être marginalisée et négligée par le pouvoir central.

« Les deux alliés [saoudiens et émiratis] partagent des objectifs similaires au Yémen ; cependant, il est devenu plus difficile de concilier leurs intérêts au cours des deux dernières années, malgré les démentis concernant leurs différences. » Joe Macaron

Situation humanitaire

La situation à Aden, très incertaine d’un point de vue institutionnel, a également pu aggraver la crise humanitaire que connait le pays depuis plusieurs mois. D’après un communiqué du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) pour le Yémen, fin janvier, les « vols humanitaires [étaient] en attente en raison de la fermeture de l’aéroport d’Aden » – qui a rouvert depuis -, tout comme les navires du Programme alimentaire mondial (PAM), restés au large après la fermeture du port. Ceci alors que le 21 janvier, l’ONU lançait son « Plan d’intervention humanitaire au Yémen pour 2018 ».

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Plus de 22 millions de personnes ont besoin d’une telle aide, dans le pays, soit 3,4 millions de plus que l’année dernière, dont 11 millions de manière sérieuse, pour un coût estimé à environ 3 milliards de dollars, d’après les calculs des Nations unies. Et entre 7 et 8 millions de Yéménites sont toujours menacés de famine. L’Arabie saoudite a d’ores et déjà annoncé que la coalition arabe intervenant au Yémen participerait à l’aide internationale à hauteur d’1,5 milliard de dollars ; la somme s’ajoute aux 2 milliards de dollars que Riyad a versé à la Banque centrale yéménite afin de sauver la monnaie locale, le riyal, qui ne cesse de chuter.

« Règlement politique durable »

Dans un communiqué publié le 22 janvier, Mark Lowcock, le sous-secrétaire général des Nations unies chargé des affaires humanitaires, s’est « félicité » de l’aide apportée par la coalition, tout en continuant « d’appeler toutes les parties à mettre fin aux hostilités et à engager un dialogue constructif avec l’ONU afin de parvenir à un règlement politique durable ». Pour rappel, le Yémen est l’un des théâtres de l’affrontement régional entre l’Arabie saoudite – qui soutient donc le gouvernement – et l’Iran, qui épaule les rebelles chiites Houthis, en les fournissant par exemple en armement.

C’est l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, qui avait affirmé, en décembre dernier, que le missile tiré le 4 novembre par les Houthis vers Riyad était de confection iranienne. Ce que Téhéran avait aussitôt démenti. Si « rien n’indique que les Etats-Unis souhaitent ou prévoient d’intervenir politiquement pour résoudre le conflit à Aden » estime Joe Macaron, Américains et Saoudiens s’entendent en tout cas sur la nécessité de contenir l’influence des Iraniens au Moyen-Orient.

L’analyste américain de citer la porte-parole du département d’Etat (le ministère américain des Affaires étrangères), Heather Nauert, qui a demandé le 29 janvier à toutes les parties de « s’abstenir de toute escalade et nouvelle effusion de sang ». Et affirmé que le dialogue politique est « le seul moyen de parvenir à un Yémen plus stable, unifié et prospère ». Pour M. Macaron, cela signifie qu’« il est donc de plus en plus évident que Washington laissera les choses suivre leurs cours à Aden. »

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