Syrie : à Idlib, en raison des combats, une pénurie de soins inquiétante

« La situation médicale et humanitaire [à Idlib] est maintenant vraiment critique », explique un médecin cité par MSF.

Lundi 3 février, des affrontements ont éclaté entre l’armée turque et les forces gouvernementales syriennes, dans la région d’Idlib (nord), dernier bastion rebelle qui s’érige encore contre le régime de Bachar al-Assad. Selon les Nations unies (ONU), la dernière zone du pays sous contrôle de l’opposition a vu les combats s’intensifier, ces dernières semaines, et les déplacements massifs se succéder, comme l’a indiqué l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un communiqué de presse. Depuis le 1er décembre dernier, près de 520 000 personnes ont fui les violences dans le nord-ouest de la Syrie, où près de 3 millions de personnes ont besoin de soins.

Manque croissant de médicaments

Selon le Bureau des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU, 150 000 personnes se retrouvent ainsi coincées entre la frontière turque, fermée, et une ligne de front en progression. Dans le même temps, l’accès aux soins de santé devient de plus en plus limité, à mesure que cette ligne se déplace et que le nombre de victimes augmente, selon un communiqué de Médecins sans frontières (MSF). « Un nombre important d’hôpitaux de la région ont été touchés et ont été partiellement ou totalement détruits dans le nord-ouest de la Syrie en l’espace de quelques mois seulement », explique Cristian Reynders, coordinateur du projet MSF pour le nord d’Idlib.

Au 31 janvier, au moins 53 établissements de santé avaient suspendu leurs services depuis le 1er janvier en raison de l’insécurité, des menaces d’attaques ou du simple fait que des zones entières ont été désertées par des civils fuyant la violence et les bombardements quotidiens. Ce qui signifie, pour les familles syriennes qui fuient les combats, un accès extrêmement limité aux soins de santé de base, un manque croissant de médicaments de base et une protection moindre contre les maladies transmissibles, déplore l’ONU.

« Fuyons-nous aussi ? »

« La situation médicale et humanitaire est maintenant vraiment critique. Les bombardements des installations médicales de la région sont quasi quotidiens. L’hôpital que je gère est toujours debout, mais au cours des dernières semaines, cinq établissements autour de nous ont été partiellement ou entièrement détruits et sont hors-service », explique un médecin gérant l’un des établissements de santé de la région soutenu par MSF.

Celui-ci l’affirme : faute d’alternative, le personnel soignant devient « complètement dépassé par le nombre de patients transportés dans notre établissement ». Et il ressent la pression, physique et mentale, de plus en plus. « Nous travaillons sans arrêt, jusque tard dans la nuit, pour opérer et traiter toutes les personnes qui entrent et nous voyons nos fournitures diminuer considérablement, sans savoir comment ni si nous réussirons à en obtenir plus », regrette-t-il.

Les gens, selon lui, essaient tous de fuir vers la frontière turque, située à environ 40 kilomètres au nord d’Idlib. « Au cours des derniers jours, on a vu des dizaines de milliers de personnes dans leurs voitures. Et en ce moment, il faut environ trois heures pour parcourir 30 kilomètres, simplement parce que tout le monde fuit par la route », indique le directeur de l’hôpital. Qui expose ce cas de conscience, auquel fait face le personnel médical : « Restons-nous pour soigner les malades et les blessés, ou fuyons-nous aussi ? ».

 

Crédits photo : UNICEF/Khalil Ashawi.

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