Syrie : ce qu’il faut retenir de l’actualité du mois de février

Au programme : propagande du régime syrien, armes chimiques et trêve humanitaire introuvable.

Tous les mois, retrouvez un résumé de l’actualité d’un pays et d’un domaine donnés. Aujourd’hui, focus sur la situation en Syrie.

Trêve introuvable

Samedi 24 février, le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) a adopté à l’unanimité la résolution 2401, demandant un cessez-le-feu national d’au moins 30 jours en Syrie, ainsi que des demandes de convois d’aide hebdomadaires, des évacuations sanitaires et la levée immédiate des sièges. En particulier dans le fief rebelle de la Ghouta orientale, à l’est de Damas – l’un des derniers du pays -, où les bombes du régime syrien, épaulé par la Russie, ont déjà fait plus de 600 morts et 2 500 blessés en un peu plus de dix jours.

Bachar al-Assad cherche à déloger les opposants qui, réunis en différentes groupes, effectuent des tirs de roquettes épars visant la capitale. Michael Jansen, spécialiste du Moyen-Orient et analyste pour le quotidien Irish Times, d’expliquer récemment que « les deux principales factions qui divisent l’enclave entre elles sont Faylaq al-Rahman et Jaich al-Islam, parrainé par les Saoudiens […] », auxquelles il faut ajouter « des éléments d’une branche d’Al-Qaïda, Tahrir al-Cham et Ahrar al-Cham, [qui] jouent également des rôles clés dans la région ».

Problème : la résolution 2401 prévoit une exception au cessez-le-feu pour les opérations militaires contre les groupes djihadistes, ce qui légitime la poursuite des bombardements par le régime syrien. « Nous exerçons le droit souverain de légitime défense à l’intérieur de nos frontières nationales » a ainsi déclaré Bachar Jaafari, l’ambassadeur syrien à l’ONU, peu après le vote de la résolution. Depuis dimanche 25 février, la Ghouta orientale n’est d’ailleurs plus seulement attaquée par les airs, puisque Damas a lancé un assaut terrestre afin vraisemblablement de pousser les rebelles à négocier.

Situation humanitaire 

Mardi 27 février, à Moscou, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a appelé le régime de Bachar al-Assad à « accepter » la trêve humanitaire décrétée par la Russie dans l’enclave syrienne de la Ghouta orientale. En plus des bombardements, les 400 000 habitants qui s’y trouvent subissent de lourdes pénuries de nourriture et de médicaments. D’après l’OCHA, fin février, plus de 700 personnes avaient ainsi besoin d’une évacuation médicale urgente, et 12 % des enfants âgés de moins de 5 ans souffraient de sous-alimentation sévère.

Avant le vote de la résolution, retardé à deux reprises en 48 heures par la Russie – qui a déjà utilisé son veto à 11 reprises au Conseil de sécurité, depuis le début du conflit, pour défendre le régime syrien -, de nombreuses organisations ou personnalités avaient alerté sur la dégradation de la situation humanitaire dans la Ghouta orientale. Comme, par exemple, l’ONG internationale Care, qui publiait début février sur son site le témoignage de Zeina, Hanane et Maryam*, travailleuses humanitaires pour des associations syriennes, révélant l’horreur vécue par les civils piégés par les affrontements.

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Mardi 13 février, Abdulrahman Almawwas, le vice-président des « casques blancs » de la défense civile syrienne, en déplacement à Paris pour s’entretenir avec le premier conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, avait également appelé l’ensemble des acteurs à « prendre des mesures concrètes » pour faire cesser les combats. Et celui-ci de rappeler que « toutes les lignes rouges ont été franchies », faisant référence au point de non-retour fixé par le chef de l’Etat – l’utilisation avérée par le régime d’armes chimiques -, au-delà duquel une intervention en Syrie serait inévitable.

« Gaz toxique »

Samedi 17 février, le conseiller américain à la Sécurité nationale, Herbert Raymond McMaster, a déclaré à ce sujet que des informations et des photos montraient que le régime de Bachar al Assad continuait d’utiliser des armes chimiques. Ceci, notamment, dans la région d’Idlib (nord-ouest), alors que l’Organisation syrienne des droits de l’Homme (OSDH) rapportait, le dimanche 4 février, que plusieurs personnes « asphyxiées » étaient hospitalisées après des bombardements effectués par le régime, tout en faisant état de l’utilisation d’un « gaz toxique ».

Interrogé par le Monde arabe à propos des armes chimiques, Olivier Lepick, membre de la Fondation pour la recherche stratégique, estimait non seulement que de telles munitions seraient toujours utilisées dans les années à venir, mais également qu’il est « illusoire de penser que l’on pourrait en dénier la possession au régime syrien. » Herbert Raymond McMaster d’exhorter de son côté « la communauté internationale [à demander] au régime syrien et à ses soutiens de rendre des comptes pour leurs actes et qu’elle soutienne les efforts de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). »

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Mercredi 7 février, l’instance basée à La Haye a annoncé qu’elle étudiait des « allégations crédibles » concernant le recours à des armes chimiques – notamment du chlore. Tout en précisant au Monde arabe qu’elle « poursuit son engagement avec la République arabe syrienne en ce qui concerne le respect des obligations découlant de la Convention sur les armes chimiques. » Quelques jours avant, l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre, affirmait de son côté que « la coopération du régime syrien avec l’OIAC se fait à la carte depuis des mois. »

 NB : Les Etats-Unis viennent de demander au Conseil de sécurité de l’ONU d’ouvrir une enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Jeudi 1er mars, plusieurs diplomates onusiens se sont réunis pour discuter du projet de résolution américaine.

Propagande du régime

Globalement, le sujet des armes chimiques ressemble plus ou moins à un jeu de dupes, où la vérité, multiple, diffère selon qui la professe. Tandis que, lundi 5 février, Nikki Haley, la représentante des Etats-Unis à l’ONU, affirmait avoir des « preuves évidentes » quant à l’utilisation de chlore par l’armée de Bachar al-Assad, son homologue syrien, Bachar Jaafari, de rétorquer que la Syrie n’a rien à voir avec de telles attaques. Même son de cloche chez le vice-ministre des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad : « Le gouvernement syrien nie catégoriquement posséder […] des armes chimiques » a-t-il assuré mercredi 14 février.

Si bien que le véritable « enjeu, aujourd’hui, est celui de la bataille de l’information » estime Marie Peltier, historienne et spécialiste de la Syrie, qui dénonce régulièrement – sur les réseaux sociaux notamment – les campagnes de désinformation orchestrées par le régime. Damas annonce, par exemple, une « bataille de la reconstruction » ? Un « narratif imposé par Bachar al-Assad et Vladimir Poutine pour laisser penser que la guerre était finie et qu’ils en étaient les vainqueurs » d’après elle. Les déclarations sur les armes chimiques seraient donc à lire en ayant conscience de cette « propagande institutionnelle ».

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Quoi qu’il en soit, il y a, selon Marie Peltier, deux sources d’information à privilégier, aujourd’hui, en Syrie : « A la fois les témoignages d’activistes syriens, qu’on peut notamment voir s’exprimer à travers les réseaux sociaux. Et aussi les rapports et communiqués d’organisations humanitaires et de défense des droits humains, aussi bien syriennes qu’internationales. » Le but ? Non seulement « recueillir une parole de terrain pour contrer la désinformation du régime », mais également « redonner un visage humain à cette guerre, là où la propagande du régime Assad veut déshumaniser le conflit en nous parlant de ‘‘terrorisme’’ ».

Quelques sources d’informations à consulter sur la Syrie : les ONG Care France et Médecins sans frontières ; le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) ; Panos Moumtzis, le coordinateur régional de l’ONU pour la crise syrienne

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