Algérie : Abdelaziz Bouteflika sera bien candidat à l’élection présidentielle

Dans une lettre adressée aux Algériens, l’actuel chef de l’Etat s’engage toutefois à écourter son éventuel 5ème mandat.

Les vagues de manifestations qui émaillent l’Algérie n’auront donc (presque) rien changé. Abdelaziz Bouteflika, aux manettes depuis 1999 et très affaibli par un AVC qui le tient depuis à 2013 l’écart de ses citoyens, se présentera bien à l’élection présidentielle du 18 avril prochain, pour un 5ème mandat consécutif. « Le dossier de candidature de M. Abdelaziz Bouteflika […] a été déposé dimanche soir au niveau du Conseil constitutionnel […] par son directeur de campagne électorale, Abdelghani Zaâlane », a fait savoir l’APS, l’agence de presse algérienne, dimanche soir.

« Notre pays risque de verser dans le chaos »

Dans une lettre lue à la télévision nationale par M. Zaâlane, le président sortant a toutefois assuré qu’il n’irait pas au bout de ce 5ème mandat. « Je m’engage à l’organisation d’une élection présidentielle anticipée [dont la date sera fixée à l’issue « conférence nationale inclusive et indépendante », ndlr] [et] à ne pas être candidat à cette élection », a affirmé le chef de l’Etat. Qui a profité de cette « tribune » – aux allures de profession de foi – pour détailler certaines mesures qu’il mettrait en œuvre s’il était reconduit en avril prochain. Au premier rang desquelles « l’élaboration et l’adoption par référendum populaire d’une nouvelle constitution »« une mobilisation nationale effective contre toutes les formes de corruption » et des « mesures concrètes » pour associer davantage les jeunes – 45 % des Algériens ont moins de 25 ans – à la vie publique.

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Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé depuis plusieurs jours à Genève (Suisse), en a également profité pour revenir sur les manifestations qui secouent le pays depuis vendredi 22 février. « J’ai entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m’ont interpelé sur l’avenir de notre patrie », a-t-il déclaré. Se disant « déterminé à assumer la responsabilité historique de la concrétisation de leur exigence fondamentale, c’est-à-dire le changement du système ». Reste à savoir si les milliers d’Algériens qui descendent dans la rue pour appeler à tourner la page Bouteflika se satisferont ou non de cette promesse. Interrogé samedi dernier par France 24, Omar Belhouchet, directeur du quotidien algérien El Watan, estimait par exemple que « si la candidature de Bouteflika est maintenue, notre pays risque de verser dans le chaos ».

« Caractère biaisé » de l’élection présidentielle

Prochaine étape, pour le président sortant : la validation par le Conseil constitutionnel de sa candidature. Ce qui, si l’on s’en tient aux « conditions d’éligibilité à l’élection du président de la République » posées par l’institution le 23 janvier dernier, ne va pas de soi. Non seulement le dossier de chaque candidat doit comporter « un certificat médical délivré à l’intéressé par des médecins assermentés », afin de juger de la pleine capacité de ce dernier à remplir les fonctions de chef de l’Etat. Mais le Conseil constitutionnel précise également qu’il « doit être déposé par le candidat, auprès [de son] secrétariat général ». Ce qui n’est bien évidemment pas le cas.

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De son côté, Ali Ghediri, « un adversaire à prendre au sérieux », estimait Makhlouf Mehheni, journaliste à TSA, début février, a également déposé son dossier de candidature dimanche auprès du Conseil constitutionnel. Non sans avoir lutté, de son propre aveu, pour obtenir les « parrainages » d’élus nécessaires. Quant à Ali Benflis, ancien Premier ministre et principal adversaire d’Abdelaziz Bouteflika, il a annoncé dans la journée qu’il renonçait finalement à se présenter à la présidentielle. Qui n’a, vu la gronde populaire actuelle, plus « de raison d’être » selon lui. « Ma place n’est plus dans une compétition électorale dont notre peuple […] dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé », a-t-il expliqué. Avant de reconnaître : « De toutes les crises politiques auxquelles l’Algérie a été confrontée depuis son indépendance, celle-ci est incontestablement la plus grave et la plus lourde de périls ».