Jordanie : « Nous ne nous agenouillerons pas »

Depuis quelques jours, le royaume est parcouru par une vaste gronde sociale, visant aussi bien la cherté de la vie que la classe politique.

La Jordanie a beau être un îlot de stabilité, au sein d’un Proche-Orient traversé par les crises, elle n’en connait pas moins certains remous, de temps en temps. Du jour au lendemain, quasiment, la colère a ainsi secoué plusieurs villes du royaume, après que le gouvernement a annoncé des mesures d’austérité – soutenues par le Fonds monétaire international (FMI) -, notamment des hausses d’impôts, et échoué à s’entendre avec les syndicats. Depuis mercredi dernier, de milliers de personnes envahissent les rues des grandes villes, dont la capitale, Amman, afin de protester contre la cherté de la vie et obtenir la chute des dirigeants.

Ces derniers, la semaine dernière, ont proposé un projet de loi sur l’impôt sur le revenu, qui doit encore être approuvé par le Parlement, visant à augmenter les impôts sur les employés d’au moins 5 %, et sur les entreprises de 20 à 40 %. Selon le média pro-saoudien Al Arabiya« il s’agit de la dernière d’une série de réformes économiques et de hausses répétées des prix des produits de base depuis qu’Amman a obtenu une ligne de crédit de 723 millions de dollars sur trois ans du Fonds monétaire international en 2016 ». Le royaume connait un très fort endettement (95 % du PIB l’an dernier) tandis que le chômage culmine à 18 % et le taux de croissance à un peu plus de 2 %.

« Il y a beaucoup de voleurs »

Résultat : depuis janvier dernier, Amman augmente régulièrement le prix de la vie – celui du pain, par exemple -, ce qui a tendance à agacer les Jordaniens. Dans la nuit de vendredi à samedi derniers, environ 3 000 personnes se sont rassemblées aux abords du bureau du Premier ministre, Hani al-Mulki, dans le centre de la capitale, en brandissant drapeaux jordaniens et pancartes aux slogans peu équivoques : « Nous ne nous agenouillerons pas » ; « Ceux qui augmentent les prix veulent brûler le pays » « Cette Jordanie est notre Jordanie, Mulki devrait partir » pouvait-on par exemple lire et entendre.

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C’est que, au-delà de la cherté de la vie, c’est bel et bien la classe politique qui est visée par la grogne des Jordaniens, depuis quelques jours, ces derniers appelant même le gouvernement à démissionner. Mothasem, un ingénieur de 24 ans, explique à RFI pourquoi« La seule chose à laquelle nous pensons, c’est émigrer. Pourquoi est-ce que nous ne construisons pas ce pays ? Pourquoi ne travaillons-nous pas dans ce pays ? Parce qu’il y a beaucoup de voleurs qui prennent l’argent, qui prennent les fonds. Nous avons perdu toute la confiance que nous avions pour ce Parlement. » Dont une majorité de la Chambre des députés (78 sur 150) s’est pourtant engagée à voter contre la loi sur l’impôt sur le revenu.

« Fardeau des réformes financières »

Des balivernes pour une autre manifestante : « Ils disent qu’ils sont avec les gens mais en fait, ils ne sont pas avec les gens. Ils disent celui pour que les gens restent calmes et ne défendent pas leurs droits. Ils ont toujours joué ce jeu-là. Nous ne voulons pas que d’autres parlent en notre nom. Nous sommes ici, dans la rue, et parlons en notre nom. » Si, en règle générale, se trouve toujours quelque soutien du roi, Abdallah II, dans les manifestations populaires en Jordanie, cette fois-ci, aucune trace d’un tel appui. « Nous perdons notre confiance en lui. Nous n’allons pas dire ‘‘majesté, nous vous aimons’’. Non, non » a expliqué à RFI Musa, un jeune travailleur humanitaire.

Le souverain, qui dispose d’importantes prérogatives politiques et législatives – il nomme par exemple le Premier ministre et les membres du gouvernement -, a de son côté appelé le Parlement à mener un « dialogue national global et raisonnable » sur la nouvelle loi fiscale. « Il ne serait pas juste que le citoyen porte seul le fardeau des réformes financières » a-t-il d’ailleurs annoncé samedi soir. Simple stratégie pour tenter de calmer la gronde populaire ou franche sortie ? Le Sénat jordanien devait en tout cas se réunir dimanche soir pour évoquer le texte de loi et, plus globalement, la situation du royaume.

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