Pour les experts internationaux, le Qatar a absorbé le choc de la crise

Un an après, le petit émirat, qui a tenu tête à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis notamment, se porte bien.

« Dans son impact sur l’unité régionale du Golfe arabe, la crise risque d’être aussi perturbatrice que l’invasion du Koweït par (l’ex-président irakien) Saddam Hussein en 1990 ». Pour Kristian Ulrichsen, un des plus importants spécialistes britanniques du Golfe persique et expert associé à la Rice University aux États-Unis, cela ne fait aucun doute : la crise du Golfe amorcée l’année dernière restera longtemps une cicatrice douloureuse dans les relations entre les pays arabes de la région. L’émergence de deux « camps » a bouleversé l’équilibre qui prévalait depuis des décennies entre ces nations, rendant de plus en plus difficile le maintien d’une posture de neutralité dans le conflit de la part des pays voisins. De la corne de l’Afrique jusqu’en Anatolie, toute une partie du globe a été entrainée, de gré ou de force, dans la crise.

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Au déclenchement des hostilités, il semblait assez clair que c’était l’ombre de l’Iran dans la région qui avait poussé les pays du « quartet » à intervenir contre le Qatar, jugé trop proche de Téhéran. Mais un an plus tard, l’Iran n’a pas vraiment profité du conflit entre ses voisins et s’est contenté d’un rôle discret. Tout le contraire de la Turquie, qui a retrouvé une influence dans la région inédite depuis la fin de l’Empire ottoman. Un soutien à l’égard du Qatar qui s’est avéré gagnant, tant le petit émirat résiste bien à l’affrontement.

Résilience du Qatar

Alors que les équilibres géopolitiques de la région ont été profondément transformés, le minuscule émirat du Qatar tient bon. Pour Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, « L’économie du Qatar a souffert sur plusieurs fronts, car les nouvelles liaisons logistiques se sont avérées plus coûteuses à court terme », mais « le Qatar a réussi à transformer cette crise en opportunité». Un diagnostic partagé par son homologue britannique Kristian Ulrichsen : «Les Qataris ont fait preuve de résilience et d’un grand pragmatisme en s’adaptant rapidement à la nouvelle réalité et en mettant en place des arrangements commerciaux et logistiques alternatifs qui ont minimisé, mais pas éliminé, les coûts de la crise».

S’appuyant sur ses larges ressources financières issues de l’exploitation gazière, le petit émirat s’est livré en quelques semaines à une refonte complète de son économie, à l’exportation comme à l’importation. De nouveaux partenariats ont été noués en un temps record, de nouvelles plateformes logistiques (ports, couloirs aériens…) ont été mises en places, permettant au pays de résister au blocus économique de la plupart de ses voisins. Dans un rapport publié le 30 mai dernier, le Fonds Monétaire International rappelle d’ailleurs que «la performance de croissance du Qatar reste robuste [et que] l’impact économique et financier direct de la crise a pu être géré».

Une bonne forme qui s’en ressent sur place : pour le spécialiste français des relations internationales Sébastien Boussois, « aujourd’hui, lorsque l’on se promène dans les rues de Doha, un an après le début de la crise, rien n’y paraît. Que ce soit dans les rues ou sur les chantiers des immeubles en construction à West Bay et sur la Corniche, les affaires tournent. Le nouveau musée national du Qatar par Jean Nouvel ouvrira bien ses portes en janvier 2018 ; le souk Wakif épicentre social de la ville ne désemplit pas de la soirée ; les hôtels prestigieux qui accueillent de nombreux touristes même pendant le ramadan tournent». Quant aux travaux pour la Coupe du monde de football organisée en 2022 dans le pays, ils continuent sur leur lancée, et les sept stades prévus seront prêts pour le début de la compétition.

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Après quelques jours de frayeurs provoqués par l’annonce du blocus économique, la situation est donc rapidement revenue à la normale dans le petit émirat. Les cas de pénurie alimentaire au début de la crise ont rapidement été résorbés, notamment par le truchement de l’Iran et du Maroc, et le Qatar a repris sa croissance économique. À quelques kilomètres de là, l’Arabie saoudite semble finalement prise au piège de sa propre offensive. Le pays ne peut plus faire marche arrière sous peine de perdre la face tandis que les Américains et les Européens mettent la pression sur Riyad pour mettre fin à un conflit qui ne fait les affaires de personnes.

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