Moyen-Orient : la marine américaine souhaite intensifier la saisie d’armes

Washington cherche à couper les transferts d’armements de l’Iran au Yémen, dans un contexte de guerre larvée avec l’Arabie saoudite.

La 5e flotte de la marine américaine basée au Moyen-Orient commence à offrir des récompenses pour des informations qui pourraient aider les navires à intercepter des armes, des drogues et d’autres cargaisons illicites dans la région, dans un contexte de tensions liées au programme nucléaire iranien et à l’armement par Téhéran des rebelles houthis du Yémen.

Tout en évitant de mentionner directement l’Iran, la décision de la 5e flotte d’offrir de l’argent et d’autres biens en échange de renseignements exploitables dans le golfe Persique et d’autres voies navigables stratégiques pourrait accroître la pression sur le flux d’armes à destination des Houthis, alors qu’un cessez-le-feu fragile est toujours en vigueur au Yémen.

« Succès fulgurant »

Les Houthis ont déjà menacé une nouvelle force opérationnelle alliée organisée par la 5e flotte en mer Rouge, bien qu’il n’y ait eu aucune attaque des forces soutenues par l’Iran contre la marine depuis lors. Entre-temps, la 5e flotte affirme qu’elle et ses partenaires ont saisi 500 millions de dollars de drogue rien qu’en 2021, soit plus que les quatre années précédentes réunies. La 5e flotte a également intercepté 9 000 armes au cours de la même période, soit trois fois plus qu’en 2020.

« Toute activité déstabilisante retient notre attention, a déclaré à l’agence américaine Associated Press (AP) le capitaine de frégate Timothy Hawkins, porte-parole de la 5e flotte. Il est certain qu’au cours de l’année écoulée, nous avons connu un succès fulgurant dans la saisie de stupéfiants et d’armes illicites. Cela représente une nouvelle étape dans notre effort pour renforcer la sécurité maritime régionale. »

La nouvelle initiative de la 5e flotte est lancée mardi dans le cadre du programme de récompenses du ministère de la Défense, qui a vu les troupes offrir de l’argent et des biens en échange de tuyaux sur les champs de bataille en Afghanistan, en Irak et ailleurs après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par Al-Qaida. Les combats terrestres s’étant largement arrêtés dans la région, la 5e flotte a décidé d’essayer d’utiliser ce programme lors de ses patrouilles sur les voies navigables du Moyen-Orient.

Selon M. Hawkins, des opérateurs parlant couramment l’arabe, l’anglais et le persan assureront une ligne d’assistance téléphonique, tandis que la marine acceptera également des informations en ligne, en dari et en pashto. Les paiements peuvent atteindre 100 000 dollars ou l’équivalent en véhicules, bateaux ou nourriture pour des tuyaux qui comprennent également des informations sur des attaques planifiées visant des Américains, a déclaré Hawkins.

« Il n’est pas clair si la hausse des saisies de la 5e flotte représente une reprise des expéditions après la pandémie de coronavirus ou une augmentation générale du nombre d’expéditions illicites dans la région, indique AP. Les trafiquants utilisent généralement des boutres apatrides, des bateaux à voile traditionnels en bois courants au Moyen-Orient, pour transporter des drogues et des armes. » Mais une chose est sûre : « L’une des destinations des armes semble être le Yémen ».

Rencontres tendues

Les Houthis (chiites) se sont emparés de la capitale du Yémen, Sanaa, en septembre 2014 et ont contraint le gouvernement internationalement reconnu à l’exil. Une coalition dirigée par l’Arabie saoudite, dotée d’armes et de renseignements américains, est entrée dans la guerre aux côtés du gouvernement en exil du Yémen en mars 2015. Des années de combats peu concluants ont poussé la nation la plus pauvre du monde arabe au bord de la famine. Une trêve qui a débuté autour du mois sacré musulman du Ramadan semble pour l’instant tenir encore.

Malgré l’embargo sur les armes imposé au Yémen par le Conseil de sécurité des Nations unies, l’Iran transfère depuis longtemps des fusils, des grenades propulsées par fusée, des missiles et d’autres armes aux Houthis. Bien que Téhéran nie avoir armé les Houthis, des experts indépendants, des nations occidentales et des experts de l’ONU ont remonté la piste des composants jusqu’en Iran.

La mission de la République islamique auprès des Nations unies n’a pas répondu à la demande de commentaire de la part d’AP. La marine américaine et l’Iran continuent d’avoir des rencontres tendues dans le détroit d’Ormuz, l’étroite embouchure du golfe Persique par laquelle passe un cinquième de tout le pétrole échangé.

Le programme de récompenses est la dernière initiative en date du vice-amiral Brad Cooper de la 5e flotte, qui a également lancé un groupe de travail sur les drones l’année dernière dans le cadre des tensions avec l’Iran. L’autre initiative de Cooper, la force opérationnelle de la mer Rouge, a suscité des critiques de la part des Houthis par le passé. Le groupe rebelle, qui a nié à plusieurs reprises être armé par l’Iran, n’a, lui non plus, pas répondu à la demande de commentaire sur le nouveau programme de la marine.

Toutefois, Ali al-Qahom, un responsable houthiste, a indiqué sur Twitter la semaine dernière que les rebelles surveillaient l’activité accrue des États-Unis en mer Rouge et dans les eaux du golfe Persique.

 

Crédits photo : Carte du golfe Persique (Wikimedia Commons).

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