Yémen : « La suspension des opérations militaires doit se poursuivre »

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05.08.2018

Le 6 septembre prochain devraient s’ouvrir des négociations interyéménites pour tenter de résoudre le conflit.

Au Yémen, presque deux mois après le début de l’offensive à Hodeida, les bombardements se sont de nouveau intensifiés il y a quelques jours. Ils ont touché le marché aux poissons et l’entrée d’un hôpital faisant une centaine de blessés et entre 20 et 50 morts, selon les sources, dont du personnel médical. « La situation humanitaire est déjà désastreuse, il faut absolument mettre fin à cette escalade de violence », alerte l’ONG international Care dans un communiqué publié le 3 août dernier.

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« Le bruit des avions était effrayant, l’un d’eux planait à très basse altitude et j’ai cru qu’il allait foncer directement sur nous. J’ai couru avec ma fille de 3 ans dans les bras pour nous mettre à l’abri. Je suis heureux que nous soyons encore en vie mais je suis triste et en colère pour ceux qui sont morts ou blessés. C’est injuste que nous devions vivre constamment dans la peur. Nous avons eu de la chance aujourd’hui mais qu’en sera-t-il demain ? » se demande Ahmed, 32 ans, interrogé par l’ONG.

« La pire crise humanitaire du monde »

« Nous avons fui Hodeida il y a un mois. J’aimerais rentrer chez moi mais à chaque fois que j’apprends qu’il y a eu de nouveaux bombardements, je sais que j’ai fait le bon choix. Hier nos voisins nous ont appelé et nous ont dit que toutes les fenêtres de notre maison avaient été détruites par les frappes aériennes » déplore quant à elle Nadia, 35 ans.

« Cette nouvelle escalade de violence est très préoccupante. Quelques semaines d’accalmie avaient donné aux gens le temps de respirer à nouveau, nous espérions que cela donnerait une vraie chance aux pourparlers de paix. Mais ces attaques sont sorties de nulle part frappant de plein fouet des personnes dans une situation humanitaire déjà désastreuse », alerte Jolien Veldwijk, directrice adjointe de CARE au Yémen.

A l’image déliquescente du pays tout entier, en terme d’aide aux personnes. En mars dernier, le Haut Commissariat onusien pour les réfugiés (HCR) avait estimé que le Yémen était « la pire crise humanitaire du monde ». « Le conflit au Yémen a laissé 22,2 millions de personnes, soit 75 % de la population, dans le besoin d’aide humanitaire et des millions de personnes sont exposées à des risques pour leur sécurité et luttent pour survivre » d’après l’organisme.

Solution politique

« Les frappes aériennes ont déjà détruit une grande partie des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Nous venons d’enregistrer une troisième vague de choléra, et nous sommes très inquiets car l’épidémie se propage très vite. De plus en plus de gens souffrent aussi de la faim. Nous nous disons à chaque fois que ça ne peut pas être pire. Malheureusement, nous avons tort », explique Jolien Veldwijk.

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Quant à la communauté internationale, qui ne fait pour l’instant que dénoncer les regains de violence au Yémen, elle a réitéré ces derniers jours. « Alors que l’envoyé spécial des Nations unies, Martin Griffiths, poursuit activement sa médiation concernant Hodeidah, la suspension des opérations militaires sur cette ville et des attaques en Mer Rouge, annoncées par les parties, doit se poursuivre » a par exemple indiqué le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

La diplomatie tricolore de saluer également l’annonce de l’ouverture de négociations interyéménites à Genève (Suisse), le 6 septembre prochain. Si la voix politique, pour résoudre le conflit – qui oppose des rebelles houthistes au forces gouvernementales appuyées par une coalition saoudienne -, semble la solution à privilégier, elle est également la plus délicate à trouver.

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Stanislas Tain

Rédacteur en chef