L’Arabie saoudite et la France s’engagent à soutenir le Liban dans la crise

Malgré les critiques adressées aux Saoudiens, Emmanuel Macron fait de Riyad l’élément-clé de la région du Golfe.

Le président français et le prince héritier d’Arabie saoudite ont tenu un appel téléphonique conjoint avec le Premier ministre libanais, lors de la visite d’Emmanuel Macron dans le royaume saoudien, samedi. Un geste significatif, dans un contexte de crise sans précédent entre le Liban et l’Arabie saoudite.

Lors de l’entretien téléphonique avec le Premier ministre Najib Mikati, M. Macron a déclaré que la France et l’Arabie saoudite avaient exprimé leur engagement envers le Liban, malgré le malaise de l’Arabie saoudite face à l’emprise de l’Iran sur ce petit pays méditerranéen.

« Message clair »

M. Macron n’a toutefois pas précisé si les mesures punitives prises à l’encontre du Liban par l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe seraient révoquées. Le royaume a, pour rappel, retiré son ambassadeur du Liban le mois dernier, et plusieurs pays du Golfe ont pris des mesures similaires pour exprimer leur mécontentement face à la domination du Hezbollah, un mouvement chiite libanais soutenu par l’Iran, sur la politique libanaise. Riyad a également interdit les importations en provenance du Liban.

Le ministre libanais de l’Information dont les commentaires ont déclenché la crise a démissionné, vendredi, ouvrant la voie à l’ouverture d’un dialogue avec l’Arabie saoudite. George Kordahi avait critiqué la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen contre les rebelles Houthis (chiites, soutenus par l’Iran). M. Kordahi, soutenu par le Hezbollah, avait refusé de démissionner pendant des semaines, prolongeant la crise qui a, in fine, affecté des centaines d’entreprises libanaises.

Le Hezbollah a été tenu pour responsable de la récente paralysie du gouvernement libanais à la suite de la désapprobation du groupe quant au déroulement de l’enquête sur l’explosion meurtrière du principal port de Beyrouth en août 2020. Le mouvement chiite a demandé que le juge principal de l’enquête soit démis de ses fonctions.

Au cours de l’appel, M. Macron a déclaré que le prince héritier saoudien et lui-même avaient relayé « un message clair selon lequel l’Arabie saoudite et la France veulent s’engager pleinement ». « Nous voulons nous engager à soutenir le peuple libanais et donc tout faire pour que la réouverture commerciale et économique puisse avoir lieu », a effectivement déclaré le président français avant de quitter le royaume.

Critiques à l’international

C’était le premier appel entre M. Mikati, qui a pris ses fonctions en septembre, et le prince héritier d’Arabie saoudite, un allié traditionnel du Liban. Le premier a déclaré que l’appel avec les dirigeants français et saoudien « est un pas important » vers le rétablissement des relations historiques avec Riyad. Le président français a indiqué que la France et l’Arabie saoudite travailleront ensemble pour offrir une aide humanitaire essentielle au Liban, qui est confronté à une série sans précédent de crises économiques provoquées par les échecs du gouvernement et une corruption omniprésente.

Il s’agit d’une nouvelle intervention de M. Macron pour tenter d’aider le Liban, un pays qui était autrefois sous protectorat français. Le chef de l’État français a toujours gardé une ligne de communication ouverte avec l’héritier du trône saoudien, y compris en période de controverse internationale visant Riyad – comme c’est le cas aujourd’hui, notamment depuis l’assassinat par des hommes de main de MBS du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au consulat d’Istanbul, en octobre 2018.

L’intervention du président français a notamment été considérée comme essentielle en 2017 pour aider Saad Hariri, alors Premier ministre libanais, à quitter l’Arabie saoudite après avoir été contraint de démissionner de son poste lors d’une visite dans la capitale saoudienne. Malgré les nombreuses critiques adressées aux dirigeants saoudiens à l’international (droits des femmes et des minorités bafoués, notamment), M. Macron a affirmé qu’une grande partie de l’avenir de la région du Golfe se joue en Arabie saoudite.

Plus tôt dans la journée, le président français s’était rendu au Qatar, où il a salué le rôle joué par le petit État du Golfe dans l’évacuation des citoyens européens hors d’Afghanistan, après la prise de contrôle du pays par les talibans cet été. Doha qui, pour rappel, avait fait l’objet d’une mise au ban de la diplomatie du Golfe par Riyad, en 2017, pour avoir affiché quelques velléités d’émancipation de la domination saoudienne dans la région.

 

 

Crédits photo : Sur cette photographie publiée par le palais royal saoudien, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman, salue le président français Emmanuel Macron, à gauche, à son arrivée à Jeddah, en Arabie saoudite, samedi 4 décembre 2021 (Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP).

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