Législatives au Liban : aucun grand changement à l’horizon ?

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06.05.2018

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, sera reconduit à la tête du gouvernement, même s’il devrait perdre de nombreuses voix.

La démission semble loin à présent. En novembre dernier, Saad Hariri, pressé par l’Arabie saoudite, était sur le point de quitter ses fonctions de Premier ministre. En cause : Riyad n’aimait pas l’ouverture pratiquée par son gouvernement à l’égard du mouvement politique chiite du Hezbollah, affilié d’une manière ou d’une autre à l’Iran – bête noire des Saoudiens dans la région. Il avait fallu qu’Emmanuel Macron, le président de la République française, décide d’inviter à Paris le fils de l’ancien chef de gouvernement du Liban, Rafic Hariri, pour que les choses rentrent dans l’ordre. Alors qu’aujourd’hui, pour la première fois depuis neuf ans, les Libanais doivent élire un nouveau Parlement pour quatre ans, zoom sur la situation au pays du Cèdre.

« Occasion de renouvellement »

Les partisans de Saad Hariri craignaient que le chef du Courant du Futur (sunnite) sorte affaibli de l’épisode saoudien, en novembre dernier. Il n’en fut rien. Le Premier ministre, de retour aux affaires le 5 décembre, a même bénéficié d’un grand soutien populaire, les Libanais estimant – après coup – qu’il était plus légitime que jamais pour gouverner leur pays. C’est d’ailleurs sur le thème de la stabilité qu’il a choisi d’axer sa campagne législative, insistant également sur les valeurs de modération et de coexistence, nécessaires selon lui pour la conduite des affaires à l’heure actuelle. C’est-à-dire en ne s’opposant pas de manière frontale au Hezbollah – quitte à fâcher Riyad -, tant que le « Parti de Dieu » acceptera de ne pas intervenir dans les conflits qui émaillent la région.

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Même si une dose de proportionnelle a été injectée, cette année, dans le scrutin, le Premier ministre – qui devrait vraisemblablement enregistrer un score plus bas qu’en 2009 – sera reconduit à la tête du gouvernement sans problème. Ce que regrettent certains observateurs. « Il y a enfin un désir de renouveau, déjà exprimé en 2016 aux municipales de Beyrouth et aujourd’hui porté par des listes indépendantes. On aurait donc pu penser que les conditions étaient réunies pour que se lève une vague de « dégagisme », qui aurait conduit à l’entrée au Parlement d’une vingtaine de figures réformatrices. Mais je crains que nous ne rations cette occasion de renouvellement » a confié le spécialiste du Moyen-Orient Karim Emile Bitar au Monde.

« Je ne vois pas l’intérêt de voter »

A peu près le même son de cloche chez Joseph Bahout, chercheur également spécialiste de la région. « En théorie, ces élections auraient dû représenter un moment-clé pour le renouveau de la vie politique et celui des élites […] A la place, tout indique que le Liban se dirige vers l’une des élections les plus ternes depuis la fin de la guerre en 1990. Aucune surprise de taille ne semble apparaître à l’horizon » écrit-il dans L’Orient-Le Jour. La raison ? « A l’exception de l’alliance chiite du Hezbollah et du mouvement Amal, les autres forces politiques majeures du Liban n’ont pas réussi à former des listes électorales au niveau national. » Le risque étant, selon lui, que les électeurs s’en trouvent désintéressés. Et boudent le scrutin ?

En janvier dernier, d’après un sondage, ils étaient 50,9 % à affirmer qu’ils iraient « très probablement voter », quand plus de 20 % des Libanais interrogés avaient indiqué qu’ils s’abstiendraient. Pour rappel, lors des législatives de 2009, le taux de participation s’était élevé à 54,08 % – mieux qu’en 2005, où il avait dégringolé à 45,8 %. Globalement, les participants au sondage avaient souligné un manque de confiance envers le monde politique, jugé « corrompu » et « inefficace »« Face aux faux discours, à la propagande, à l’intoxication, au manque d’honnêteté et de moralité chez les candidats au Parlement, je ne vois pas l’intérêt de voter » avait même lâché un retraité, regrettant par exemple à demi-mot que le confessionnel s’invite dans le politique.

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