Qui est Tamim Ben Hamad Al Thani ?

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06.07.2018

Ce vendredi 6 juillet, le président de la République française, Emmanuel Macron, reçoit à l’Élysée le jeune émir du Qatar.

Entre Emmanuel Macron, âgé de 40 ans, et Tamim Al Thani, 38 ans, le courant passe bien. C’est déjà la troisième rencontre entre les deux dirigeants en moins d’un an. Question de génération, question de tempérament aussi. Décrit par le Financial Times comme « affable, confiant et ouvert, mais aussi malin, calculateur et mesuré », l’émir est un pragmatique. Il ne s’accommode guère des étiquettes : conservateur qui ouvre la société qatarie à la modernité, souverain sunnite qui traite avec la république chiite iranienne, aussi proche de Donald Trump que de Vladimir Poutine, le souverain arabe est inclassable.

La famille Al Thani domine le Qatar depuis 150 ans, mas le jeune Tamim n’était pas destiné à régner. Quatrième fils de Cheikh Hamad, c’est la perte d’influence et la marginalisation progressive de ses trois grands frères, Mishal, Fahd et Jassim, qui va le conduire à être désigné héritier du trône à partir de 2003. Tamim succède à son père le 25 juin 2013 à l’âge de 33 ans, devenant alors le plus jeune souverain du monde arabe. Dans une région du globe habitué aux passations sanglantes et aux coups de force, c’est une accession au pouvoir en douceur. Mais la succession est périlleuse : Hamad Ben Khalifa, le père de l’actuel souverain, avait fait de son minuscule émirat une puissance incontournable du globe, en en faisant le premier exportateur de gaz liquéfié au monde. C’est aussi lui qui avait décidé d’établir une nouvelle stratégie de rayonnement à l’international au travers d’investissements massifs dans les médias (Al Jazeera), le tourisme ou le sport.

Un amoureux de la France

Depuis 5 ans Tamim Ben Hamad Al Thani a pris la relève de son père tout en se distinguant avec un intérêt plus prononcé pour les affaires intérieures de son petit pays. Après avoir réformé au pas de charge une administration apathique, il a engagé de nombreux travaux d’infrastructures dans sa capitale, Doha : nouveau métro, nouveaux axes routiers, nouveau métro, nouvel aéroport… et tout ceci, en quelques années.

Dans sa jeunesse, l’émir est formé à l’Académie royale de Sandhurst, l’école des élèves officiers de la British Army. Formé chez les Britanniques, l’émir a néanmoins une réelle appétence pour la France, dont il apprécie la culture et le mode de vie. Sa colossale fortune, estimée à 2,5 milliards de dollars en 2015 selon Forbes, lui permet d’acquérir, au-delà des nombreux palaces et des investissements immobiliers, deux gigantesques propriétés dans lesquelles il séjourne plusieurs semaines dans l’année, l’une à Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes et une seconde à Marnes-la-Coquette dans les Hauts-de-Seine. Comme son père avant lui, Tamim Al-Thani perpétue la tradition de francophilie des élites qataries.

En effet, depuis les années 70, la France entretient une relation étroite avec le petit émirat, pourtant situé dans une zone d’influence traditionnelle de la puissance britannique. Une amitié qui fonctionne… et qui rapporte : aujourd’hui la France fournit 80 % de l’équipement militaire de l’émirat, et chaque visite officielle est l’occasion de signer de juteux contrats. En décembre dernier, lors de la dernière visite d’Emmanuel Macron à Doha, le Qatar a signé des contrats de plus de dix milliards d’euros. Des engagements comprennent notamment l’achat d’au moins 12 avions de combat Rafale et 50 Airbus A321, ainsi que la concession du métro de Doha et du tramway de Lusail à un consortium SNCF/RATP.

Le sport, petit plaisir personnel et outil d’influence

Enfin et surtout, l’actuel émir du Qatar est un passionné de sport. Joueur de tennis confirmé, il multiplie pendant son adolescence les petits tournois régionaux, à l’occasion desquels il rencontrera Nasser al-Khelaïfi, lui aussi ancien tennisman professionnel et devenu depuis l’un de ses fidèles hommes de main et président du PSG. De plus, après avoir occupé les fonctions de membre du Comité international olympique (CIO), il est le grand artisan de l’obtention par son pays de la Coupe du monde de football 2022 (après l’échec d’une tentative pour organiser les JO de 2020). Car après le tennis, le football est la grande passion de l’émir, supporter de Manchester United et du PSG.

Mais « qui trop embrasse mal étreint » : l’émir, qui suit depuis Doha tous les matchs de son équipe, donne son avis quasiment en temps réel par SMS à Nasser al-Khelaïfi sur la forme des joueurs, la composition du onze de départ ou le choix d’un transfert. Une implication qui pèse sur le plan sportif, voire sur le plan des relations internationales, le cheikh organisant son agenda diplomatique en fonction du calendrier de son équipe. Une passion qui est aussi un formidable outil de soft power pour le petit émirat : avec le PSG, l’organisation de la Coupe du monde et la chaîne TV Bein sport, le Qatar est devenu un acteur incontournable du football. Un levier d’influence qui lui permet de faire entendre sa voix sur la scène internationale. Un atout de taille pour un pays confronté depuis un an à un blocus politique, économique et diplomatique de la part de ses voisins saoudiens et émiratis.