Yémen : « Je ne veux pas regarder mes enfants mourir de faim »

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06.11.2018

« Le Yémen est aujourd’hui un enfer sur terre pour chaque garçon et fille », a déclaré l’UNICEF dimanche dernier.

Début 2018, les Nations unies (ONU) avaient qualifié la guerre au Yémen de « plus grave crise humanitaire au monde ». Il y a quelques jours, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a préféré parler d’ « enfer sur terre » pour illustrer la situation au Yémen. Le week-end dernier, les combats ont connu un pic dans la ville de Hodeïda (ouest), qui abrite le premier port du pays, par où transite l’essentiel de l’aide alimentaire et sanitaire au Yémen. La coalition saoudienne, qui épaule depuis mars 2015 les forces loyales au président Abd Rabo Mansour Hadi, tente depuis plusieurs mois de reprendre aux rebelles Houthis la région, très stratégique. Mais contribue, ce faisant, à aggraver la situation humanitaire au Yémen, où la famine guette à présent 14 millions de personnes, quand plus de 20 millions dépendent de l’aide extérieure.

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« Le Yémen est aujourd’hui un enfer sur terre, non pas pour 50 à 60 % des enfants, [mais] pour chaque garçon et fille », a déclaré le directeur de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Geert Cappelaere, à Amman (Jordanie), dimanche 4 novembre. Quelque 1,8 million d’enfants âgés de moins de 5 ans connaissent aujourd’hui une « malnutrition aiguë » selon lui, tandis que la population souffre également de maladies comme le choléra. « Toutes les dix minutes, un enfant meurt en raison de maladies pouvant être évitées », a également ajouté le responsable de l’UNICEF, alors que la petite fille de 7 ans en Une du New York Times, symbole du chaos qui règne dans le pays, est décédée de malnutrition jeudi dernier. La « crise alimentaire » étant, selon Mark Lowcock, secrétaire adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, directement liée à la guerre.

Pourparlers de paix

« Il y a cinq ans, nous étions capables de survivre avec le peu que nous avions. Mais depuis la guerre, je n’arrive pas à nourrir ma famille, a confié à l’ONG Care Taqia, une Yéménite qui a perdu son mari et vit avec sa fille et ses petits-enfants dans la région de Hodeïda. Je pleure la nuit en pensant à notre situation, je n’arrive pas à dormir quand j’entends mes petits-enfants pleurer de faim. Parfois je sors et je marche pendant des heures pour trouver un restaurant ou un supermarché, qui accepterait de nous donner de la nourriture », explique-t-elle. Sa situation, désespérée, est loin d’être unique. « Depuis la guerre et avec la hausse des prix, mes revenus ne sont pas suffisants pour subvenir à nos besoins. Je ne sais pas comment nourrir mes enfants, je ne veux pas les regarder mourir de faim », témoigne à son tout Qayma, habitant également la région portuaire.

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Que faire, devant le désespoir de la population et, à côté, l’inertie des parties au conflit ? Pour Jolien Veldwijk, directrice adjoint de Care au Yémen, « déclarer l’état de famine signifierait que la communauté internationale a déjà échoué au Yémen. Deux des plafonds nécessaires pour déclarer une famine – les taux de mortalité et de malnutrition aiguë – sont des indicateurs retardés. C’est-à-dire qu’au moment où ils seront franchis, les gens seront déjà en train de mourir. » Raison pour laquelle la coalition saoudienne et les rebelles Houthis, potentiellement coupables de « crimes de guerre » selon une mission d’experts de l’ONU, doivent prendre « des mesures pour instaurer un cessez-le-feu immédiat », selon Care. Et participer à des pourparlers de paix, alors que les derniers, organisés à Genève (Suisse) début septembre dernier, ont échoué…
Stanislas Tain

Rédacteur en chef