Egypte : Al-Sissi inaugure la plus grande cathédrale copte du Proche-Orient

Le « raïs » en a profité pour discourir sur l’ouverture et la tolérance alors qu’il dirige son pays d’une main de fer. Hypocrisie ?

À l’occasion du Noël copte, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a inauguré, dimanche 6 janvier, la cathédrale de la Nativité. La plus grande du Moyen-Orient, située dans la future capitale administrative égyptienne, à quelques dizaines de kilomètres du Caire. Des artistes et des groupes de choeurs, entre autres, se sont succédés sur scène pour louer, dans des chansons, la coexistence pacifique entre la religion copte (10 % de la population égyptienne environ) et la religion musulmane en Egypte. Des courts métrages, sur le même sujet, ont également été projetés. Ceci alors que le « raïs » avait également inauguré la plus grande mosquée d’Egypte, toujours dans la future nouvelle capitale administrative.

« Nation pour tous »

Pour la première fois dans l’histoire du pays, d’ailleurs, c’est le pape copte orthodoxe Tawadros II qui a prononcé le discours inaugural dans la mosquée Al-Fattah Al-Alim. Et, inversement, le grand cheikh d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, celui de la cathédrale de la Nativité. Les animateurs des deux cérémonies, qui se sont attachés à dépeindre la construction des deux édifices, ont ainsi déclaré que « c’est un message au monde entier : l’Egypte est une nation pour tous ». L’ouverture et la tolérance, c’est également ce qu’a prôné Abdel Fattah al-Sissi dans son discours face aux coptes, juste avant la messe de minuit. Musulmans et chrétiens, selon lui, étant une seule et même entité citoyenne.

Mais le chef de l’Etat a également alerté sur les relents de haine qui pouvaient subsister un peu partout – et en Egypte en particulier. Les personnes visées ? Les ennemis de la tolérance et de l’amour entre les constituants de la nation, qui vont continuer, selon lui, à conspirer et commettre des attentats, et contre lesquels il convient de lutter. Ceci alors que la veille de cette double inauguration, un nouvel incident a visé l’Eglise copte ; Moustafa Abid, commandant de police, a trouvé la mort alors qu’il tentait de désamorcer une bombe trouvée non loin d’une église copte du Caire. Deux autres policiers ont également été blessés, dans l’explosion de la bombe placée dans un sac, selon des sources de sécurité.

Main de fer

L’Egypte affronte des vagues d’extrémisme, dont celle du groupe Etat islamique (EI), dans le Nord-Sinaï, en particulier depuis la destitution par l’armée du président islamiste Mohamed Morsi, en 2013, suivie d’une répression contre les partisans de l’ancien chef de l’Etat. Abdel Fattah al-Sissi, dont la chaine américaine CBS a diffusé une interview dimanche soir – alors que Le Caire s’y opposait -, continuant de nier toute responsabilité dans les exactions de sympathisants islamistes, qui ont fait plus de 1 000 morts. Quant à la communauté copte, elle est régulièrement visée par les djihadistes de Daech (acronyme arabe de l’EI), qui rejettent aussi bien le christianisme que le soufisme (branche du sunnisme).

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La soirée de cérémonies, à laquelle ont assisté le patron de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ainsi que de nombreux dirigeants arabes, comprenait également des messages vidéo de soutien émanant des principaux chefs chrétiens de la région. Ainsi que du pape François. S’exprimant en italien, le chef des catholiques a déclaré : « Je vous salue tous avec joie lors de l’inauguration de la nouvelle cathédrale de la Nativité. Que le prince de la paix donne à l’Egypte, au Moyen-Orient et au monde entier le cadeau de la paix et de la prospérité. » Des déclarations empreintes d’ouverture et d’amour, donc, qui ne doivent toutefois pas faire oublier que l’Egypte est menée d’une main de fer par Abdel Fattah al-Sissi, qui emprisonne opposants politiques et journalistes, par exemple, pour assurer la pérennité de son régime…