En Algérie, Ali Ghediri promet la « rupture »

L’ancien général-major s’est lancé dans la course présidentielle sans véritable soutien populaire ni partisan.

Si le président algérien sortant, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 4 mandats consécutifs, ne compte pas faire campagne – ce qu’a récemment confirmé Ahmed Ouyahia -, libre à lui. D’autres candidats, pendant ce temps, avancent leurs pions, sur l’échiquier dense de sa succession, et tentent de convaincre les Algériens en battant campagne. C’est le cas d’Ali Ghediri, ancien général-major de l’armée, qui ne passe d’ailleurs pas inaperçu, en martelant son credo dans les médias : « La rupture sans reniement ».

« Devoir de réserve et de retenue »

Le candidat, qui rassemble de plus en plus d’Algériens autour d’un projet basé (essentiellement) sur le changement, est loin d’être inconnu de la scène médiatique. Réputé pour les tribunes libres qu’il publiait dans la presse nationale – et dérangeaient l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) -, le trublion avait même été rappelé à l’ordre par son chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui l’avait exhorté à respecter le « devoir de réserve et de retenue » auquel demeurent tenus les militaires à la retraite.

Lire aussi : Ali Benflis ou le rêve d’un renouveau en Algérie

L’armée, Ali Ghediri l’a quittée en 2015, après avoir passé plus de 42 ans au service de son pays. Né le 6 janvier 1954 à Ouenza (Tébessa), il fait ses classes à l’Académie militaire interarmes de Cherchell (Tipaza), avant de goûter à la formation soviétique, d’abord à l’Académie navale de Saint-Petersbourg, où il étudie le génie mécanique marin, et ensuite à l’Académie militaire de Moscou. Après avoir servi dans les forces navales algériennes jusqu’en 1983, Ali Ghediri rejoint ensuite la terre. Pour ne plus la quitter.

En 2000, il est promu au grade de général-major, puis occupe le poste de directeur des ressources humaines au sein du ministère de la Défense, pendant une dizaine d’années. Parmi ses bagages, outre une certaine expérience de l’administration donc, un magister en relations internationales et un doctorat d’Etat en sciences politiques, ainsi que des études stratégiques autour du thème de la sécurité nationale. Tout un tas de connaissances qu’il devra rapidement mettre au service de son projet présidentiel, pour l’instant flou.

« Rompre avec l’autoritarisme »

Car si Ali Ghediri jouit d’une certaine popularité dans les médias algériens, il en va autrement de la scène politique, qui le découvre petit à petit. L’ancien général-major s’est ainsi lancé dans la course au poste suprême sans véritable soutien populaire ni partisan. Pire, selon son coordinateur de campagne, Mokrane Aït Larbi, qui dénonce une « délinquance institutionnelle », il rencontrerait des entraves au niveau de certaines Assemblées populaires communales (APC) concernant les parrainages – que chaque candidat doit obtenir pour se présenter au scrutin ; 60 000 signatures d’électeurs ou 600 d’élus.

Ce qui ne l’empêche pas, toutefois, d’inquiéter le régime Bouteflika. « Il devient chaque jour un peu plus évident que le pouvoir voit en Ali Ghediri un adversaire à prendre au sérieux lors de la prochaine joute électorale, estime ainsi Makhlouf Mehheni, journaliste à TSA. Lors de ses rares sorties publiques, le général a clairement fait comprendre que son objectif est de dégager tout le système. » La preuve : 6 des 8 grandes lignes de son ébauche de programme, publié la semaine dernière, contiennent le mot « rupture ».

Lire aussi : En Algérie, « une crise économique pourrait survenir dès 2019 »

« Rompre avec l’autoritarisme et le système rentier et clientéliste »« rompre avec l’instrumentalisation des déterminants fondamentaux de notre identité nationale » « rompre avec les inégalités sociales »« rompre avec le discours démagogique »« rompre avec l’économie de rente et avec la dépendance des hydrocarbures »« rompre avec le centralisme stérile ». Rompre, en fin de compte, avec les méthodes qui ont cours actuellement. Tout en revendiquant une certaine indépendance, quoi qu’on veuille dire.

Soutien de Louisette Ighilahriz

En janvier dernier, le site Mondafrique rapportait qu’Ali Ghediri aurait été en contact avec les services sécuritaires de l’ambassade américaine à Paris. Le média d’insinuer alors que le candidat sert de pion au général Mohamed Mediène (dit « Toufik »), ex-puissant patron des services de renseignement algériens (DRS), qui souhaiterait peser sur la présidentielle, après avoir été banni par le clan Bouteflika en 2015. Faux, a répété l’ancien général-major il y a quelques jours.

Qui a également été interrogé sur la rencontre qu’il avait eue avec Issad Rebrab, le patron du numéro 1 des groupes privés algériens, Cevital, présenté comme le probable financier de sa campagne. Ce qui l’a passablement agacé. « A ce que je sache, M. Rebrab est assez grand pour se défendre. J’ai rencontré des écrivains et des hommes politiques et ça, personne n’en a parlé. En revanche, tout le monde parle lorsque je rencontre Issad Rebrab. Je ne nourris aucun complexe là-dessus et ne laisserai pas le pouvoir me dicter qui je dois rencontrer », a-t-il expliqué.

Parmi ses (autres) soutiens connus, difficile de ne pas mentionner la voix de la moudjahida Louisette Ighilahriz, psychologue de formation et militante nationaliste durant la guerre d’Algérie. Ce qui l’a convaincue ? « C’est son programme, a-t-elle indiqué lundi dernier à TSA. [Ali Ghediri] va faire l’impossible pour lutter contre le chômage et pour la création d’emplois. Il va renverser la vapeur et opérer une rupture avec le système en place. » La « rupture », décidément, fera-t-elle recette en avril prochain ?

Lire aussi : Les Algériens veulent-ils vraiment le changement ?

Mounira Elbouti et la Rédaction