Syrie : à Deraa, « on assiste à une tragédie sans pareil »

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07.07.2018

Régime syrien et rebelles viennent de signer un accord de cessez-le-feu dans la région.

Le régime syrien poursuit petit à petit son entreprise de reconquête du pays. Après la Ghouta orientale, une zone rebelle dans la banlieue de la capitale, Damas, il y a quelques mois, l’armée de Bachar al-Assad ne devrait pas tarder à reprendre tout le sud-ouest. Le gouvernement syrien et les rebelles de cette zone viennent de signer un accord pour mettre fin à l’offensive des forces syriennes dans la province de Deraa, après que celles-ci ont repris le contrôle du poste-frontière stratégique de Nassib, à la frontière jordanienne.

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Le texte prévoit « l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu et la remise par les groupes terroristes de leurs armes lourdes et moyennes dans toutes les villes et localités », selon l’agence officielle Sana, qui utilise, précise RFI, le terme « terroriste » pour désigner les groupes armés qui s’opposent au régime. Les personnes « qui refusent ce règlement partiront pour [la province d’] Idleb avec leurs familles », ajoute l’agence, conformément au souhait des rebelles, qui n’avaient plus réellement d’alternatives – notamment depuis que l’administration américaine les avait lâchés le 23 juin dernier.

« La situation est terrible »

L’accord, par conséquent plutôt favorable au régime, est une petite victoire pour Bachar al-Assad, aussi bien stratégique que psychologique ; Deraa avait été l’épicentre initial de la révolte syrienne, avant que celle-ci ne se change en guerre civile. Il est (surtout) un moyen pour les habitants de toute la région du sud-ouest de respirer, alors que la situation humanitaire devenait « catastrophique » selon plusieurs ONG, dont Care. « A Deraa, la situation est plus critique que jamais. Les bombardements ont déjà fait des dizaines de morts, dont des enfants, et forcé des centaines de milliers personnes à fuir » alertait-elle d’ailleurs récemment dans un communiqué récent.

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« Des villes entières sont désertées à cause de l’intensité des attaques. Parmi les déplacés qui ont réussi à fuir les bombardements, la plupart sont désormais forcés de dormir dehors, sans accès à l’eau ou à la nourriture et sous la chaleur écrasante du désert, où ils sont exposés aux morsures mortelles de serpents et scorpions » regrettait également Wouter Schaap, le directeur de Care en Syrie. « La situation est terrible. Il faut absolument que les parties au conflit protègent les civils et facilitent l’acheminement de l’aide humanitaire. »

Carences humanitaires

Depuis le début de l’offensive du régime syrien, le 17 juin dernier, 330 000 personnes ont ainsi dû fuir pour rester en vie, soit le plus grand nombre de déplacés jamais atteint dans cette région, selon l’ONG. « Pour les 95 000 personnes qui se sont dirigées vers la frontières avec la Jordanie, la situation très précaire est aggravée par les vents poussiéreux du désert et les températures qui atteignent jusqu’à 45 degrés Celsius » indique le communiqué publié par Care. Qui précise également qu’au moins 12 enfants, deux femmes et un homme âgé sont morts dans des zones proches de la frontière jordanienne, à cause de déshydratation ou de maladies liées à l’eau.

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« On assiste à une tragédie sans pareil : les gens dorment à même le sol, j’ai même vu certaines familles s’installer à côté de tombes. D’autres tentent d’accrocher des tissus à du matériel agricoles abandonné pour tenter de se protéger de la chaleur écrasante de l’été » explique de son côté Sadeq, travailleur humanitaire pour Care dans la région de Deraa. Une situation loin d’être exceptionnelle en Syrie, parcourue par d’inquiétantes carences humanitaires. La semaine dernière, les Nations unies (ONU) ont d’ailleurs livré de la nourriture, des soins de santé et des articles de base pour près de 200 000 personnes, entre Alep, Hama et Idleb.

Stanislas Tain

Rédacteur en chef