Un retrait des troupes américaines de Syrie au ralenti

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08.01.2019

La décision vise notamment à rassurer Israël, qui redoute une percée de l’Iran en Syrie en cas de départ américain.

Le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a déclaré dimanche qu’il n’y aurait pas de retrait militaire américain du nord-est de la Syrie tant que le groupe Etat islamique (EI) ne serait pas définitivement supprimé. M. Bolton, qui s’était rendu en Israël pour rassurer l’Etat hébreu, allié des Etats-Unis dans la région, sur la question du retrait annoncé, a également indiqué qu’il n’y avait pas de calendrier précis. « Le calendrier découle des décisions politiques que nous devons mettre en œuvre », a expliqué le conseiller de Donald Trump à des journalistes israéliens. Qui a mentionné, au titre des conditions de retrait, outre la défaite de l’EI, la protection des milices kurdes qui ont combattu aux côtés des troupes américaines contre les djihadistes.

« Venir à bout de Daech »

Depuis que Donald Trump a fait savoir qu’il comptait rappeler ses soldats en Syrie, fin décembre dernier, certains redoutent effectivement que Recep Tayyip Erdogan, le président turc, farouchement opposé aux Kurdes, intervienne à sa frontière avec la Syrie pour massacrer ces populations. « Nous ne pensons pas que les Turcs devraient entreprendre une action militaire qui n’est pas entièrement coordonnée avec les Etats-Unis et qui n’a pas fait l’objet d’un accord avec eux, au moins pour ne pas mettre nos troupes en danger, mais également pour répondre à l’exigence du président que les forces d’opposition syriennes qui ont combattu avec nous ne soient pas menacées », a ajouté John Bolton face aux journalistes israélien.

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Dont les commentaires constituent la première confirmation publique que le retrait des troupes américaines a été ralenti. Alors qu’il devait initialement s’achever dans quelques semaines, le calendrier a été revu après que Donald Trump a accédé aux demandes de temporisation, émanant de pays alliés et de membres du Congrès américain. Lundi 7 janvier, le chef de l’Etat américaine s’est par exemple entretenu à ce sujet avec son homologue français, Emmanuel Macron ; « les deux dirigeants ont discuté de la situation en Syrie, notamment de l’engagement des Etats-Unis et de la France à venir à bout de Daech et de préparer un retrait réfléchi et coordonné des troupes américaines de Syrie », a fait savoir la présidence américaine dans un communiqué.

Faire douter le Premier ministre israélien

Un message à l’attention de la Turquie, évidemment, qui ne pourra pas disposer librement des populations kurdes du nord de la Syrie, mais également (et surtout) d’Israël. Tel-Aviv craint en effet qu’un retrait rapide des quelque 2 000 soldats ne permette à l’Iran, sa principale bête noire dans la région, d’étendre son influence et sa présence en Syrie, alors que Téhéran a joué un rôle certain, auprès de Damas, dans l’éradication de la menace djihadiste. « Il y a un rapport de force en jeu et Israël s’inquiète que les milices soutenues par l’Iran et le Hezbollah profitent du moindre changement », a indiqué Stefanie Dekker, journaliste à Al Jazeera basée à Jérusalem-Ouest.

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Jusqu’à présent, Benyamin Nétanyahou a pu bénéficier de la présence et du poids américains dans la région. Lorsque Donald Trump, qui a toujours clamé haut et fort son aversion pour l’Iran, a par exemple retiré Washington des signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, en mai 2018, en reprenant le discours de Tel-Aviv sur la question. Mais également lorsque le locataire de la Maison-Blanche a appuyé la volonté de l’Etat hébreu de déménager sa capitale à Jérusalem, ce qui avait provoqué un véritable tollé dans le monde arabe. Sauf que les Etats-Unis ne veulent plus être « le policier du Moyen-Orient », comme le répète à l’envi Donald Trump. De quoi commencer à faire douter le Premier ministre israélien, persuadé du soutien éternel des Etats-Unis il y a quelques mois encore ?

Crédits photo : CNN

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