Le Louvre Abou Dabi « est fait pour comprendre la diversité »

L’antenne émiratie du musée parisien, inaugurée mercredi 8 novembre, présente des œuvres allant de la préhistoire au 21ème siècle et a « une forte vision éducative ».

Dix ans de travaux. 6 000 mètres carrés d’exposition permanente. 535 œuvres – dont 300 prêtées par la France. Le « Louvre des sables », antenne du musée parisien à Abou Dabi, la capitale des Emirats arabes unis (EAU), a été inauguré ce mercredi en présence du président français, Emmanuel Macron. Véritable ville-musée bâtie sur l’île de Saadiyat, la construction, œuvre de l’architecte français Jean Nouvel, n’est pas sans rappeler Venise, avec ses 55 bâtiments blancs, inspirés des médinas arabes, qui trônent au-dessus de l’eau. Au-dessus d’eux, un immense dôme de 180 mètres de diamètre ajouré qui laisse pénétrer la lumière.

« Forte présence de l’art français »

« J’ai voulu créer quelque chose avec les signes de l’arabité, comme la coupole blanche, signe de spiritualité » a expliqué à France Info M. Nouvel, lauréat du prix Pritzker en 2008, sorte de « Nobel d’architecture ». « Je voulais créer un musée qui respecte la conception grecque du musée, c’est-à-dire celle de l’agora ». Jean-Luc Martinez, directeur du Louvre à Paris : « L’oeuvre ressemble beaucoup à un ballet mésopotamien : une grande cour centrale, dont on dit qu’elle est à l’origine de l’agora grecque, avec une succession de salles autour, à l’origine de la médina arabe quant à elle. » Pour lui, la structure renferme « à la fois la noblesse d’un palais avec les jeux de lumière et une grande modernité ».

Un « musée des civilisations », estime-t-il, imprégné par le mélanges des cultures, vu de l’extérieur comme de l’intérieur. Le Louvre Abou Dabi « est fait pour s’ouvrir aux autres et comprendre la diversité, car nous vivons dans un monde avec plusieurs centres multipolaires ». Dans les galeries, les œuvres – tableaux, sculptures, tapisseries, vitraux entre autres – vont de la préhistoire au 21ème siècle ; le gouvernement émirati « souhaitait un musée avec une forte vision éducative pour s’adresser aux plus jeunes et aux familles » selon Jean-Luc Martinez. Et « comme il porte le nom du Louvre, [les Emiratis] désiraient une forte présence de l’art français. »

« Alchimie entre le musée et son public »

Preuve que l’événement était attendu, le public a massivement répondu présent. « Nous avons lancé la vente des billets il y a deux jours et ils ont tous été vendus, du coup nous avons décidé de vendre mille billets supplémentaires. Nous affichons complet pour l’inauguration » déclarait à Géo Mohamed Khalifa Al-Moubarak, le président de l’Autorité du tourisme et de la culture à Abou Dabi. La ville, d’ailleurs, a annoncé que « le 11 novembre prochain le public viendra visiter ce fantastique musée et les gens pourront apprendre des choses sur leur histoire et sur la culture de différentes parties du monde ». S’agissant des « civilisations islamiques, les plus grandes d’entre elles ont fleuri lorsque les différentes religions s’entremêlaient au sein de leur culture » estime Mohamed Khalifa Al-Moubarak.

Reste à savoir si les touristes répondront effectivement présents. Après le défi humain et le défi organisationnel, passés, « le troisième défi est devant nous » estime M. Martinez. « Il va falloir trouver une alchimie entre le musée et son public. » L’établissement d’Abou Dabi pourra compter pour ce faire sur l’attractivité de la « marque » française pendant trente ans, période pendant laquelle le Louvre a accepté de prêter son nom – contre la modique somme de 400 millions d’euros. Les 11 institutions française qui ont envoyé des œuvres pour dix ans – le Quai Branly, le Musée d’Orsay ou la Bibliothèque nationale par exemple – toucheront également près de 200 millions d’euros. Le bâtiment, quant à lui, devait coûter initialement 600 millions d’euros. Avant que les travaux n’accusent trois ans de retard cependant.

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