Le divorce entre l’Arabie saoudite et les femmes dure toujours

Malgré quelques avancées notables, en matière de divorce notamment, les femmes souffrent toujours d’exclusion en Arabie saoudite.

Les femmes en Arabie saoudite seront informées par SMS en cas de divorce, en vertu d’une nouvelle loi visant à les protéger de la fin de leur mariage à leur insu, a annoncé dimanche le gouvernement saoudien. Le nouvelle texte, entré en vigueur le même jour, est considérée comme un moyen de mettre fin aux divorces secrets et de veiller à ce que les femmes soient pleinement conscientes de leur statut matrimonial. Ceci afin de pouvoir protéger leurs droits, tels que la pension alimentaire par exemple.

« Les tribunaux saoudiens ont commencé à envoyer de telles notifications [de divorce], une mesure visant à protéger les droits des clientes », a déclaré le ministère saoudien de la Justice dans un communiqué publié sur son site Internet. Chaque SMS comprendra le numéro de certificat du divorce et le nom du tribunal compétent. Les femmes pourront également accéder aux documents de divorce sur le site Web du ministère, a rapporté la chaîne saoudienne Al-Ekhbariya.

Cette décision intervient alors que le prince héritier, Mohamed ben Salman (MBS), a commencé à donner plus de droits aux femmes, en les autorisant par exemple à conduire, l’année dernière, alors que le royaume saoudien, gouverné par un islam rigoriste et conservateur, demeurait le dernier pays à leur interdire de prendre le volant. La nouvelle législation fait ainsi partie de la « Vision 2030 » de MBS, qui vise à moderniser le pays. Son économie – en déconnectant croissance et revenus pétroliers – aussi bien que ses mœurs.

Rahaf Mohammed Al-Qunun

Mais le pays fait toujours face à de nombreuses critiques en matière de droits des femmes. Concernant la tutelle masculine, notamment, qui a cours dans le royaume, selon laquelle les femmes doivent avoir un tuteur masculin afin conduire des tâches élémentaires, comme obtenir un passeport, se marier, voyager à l’étranger ou aller à l’école. Le rôle de gardien masculin étant souvent rempli par les maris, les pères, les frères et même parfois les fils.

Certaines personnes ont ainsi profité de l’annonce de l’entrée en vigueur de la loi sur le divorce pour rappeler au royaume saoudien qu’il avait encore du chemin à parcourir. « Fin des divorces secrets. Les femmes recevront désormais un texto du tribunal… Est-ce aussi par texto que MBS annoncera l’abolition du tutorat masculin ??? ‘‘THE’’ vraie réforme, tant attendue par certaines saoudiennes… », a par exemple tweeté Clarence Rodriguez, journaliste française et unique correspondante en Arabie saoudite entre 2005 et 2017.

Dimanche dernier, comme un clin d’œil (malheureux) du destin, Rahaf Mohammed Al-Qunun, jeune saoudienne de 18 ans, a été arrêtée à l’aéroport de Bangkok, alors qu’elle tentait de fuir sa famille. La raison ? D’après certaines sources, elle aurait « renoncé à l’islam », et affirme que ses parents l’auraient « tuée » si elle n’avait pas fui. D’ici 5 jours, la jeune femme devrait être fixée sur son sort, tandis que le Haut-Commissariat des Nations unies (ONU) pour les réfugiés va statuer sur son cas. Un cas qui révèle bien que, malgré quelques avancées notables, les femmes souffrent toujours d’exclusion en Arabie saoudite.

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