Au Maroc, « il est impossible de penser sereinement aux êtres chers »

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09.03.2018

La situation générale des cimetières du Royaume interpelle de plus plus en raison d’un manque d’entretien criant.

« Décharges », « incivilités », « squats ». Au Maroc, la population ne manque pas de qualificatifs pour évoquer l’état de délabrement observé dans une grande partie des cimetières du pays. En 2015, un rapport relayé par France Info attestait déjà que l’entretien de 75 % des sites funéraires nationaux laissait largement à désirer. En conséquence, l’Etat devait alors débourser 700 millions de dirhams pour y remédier.

Malheureusement, ce début d’année 2018 démontre que la situation ne s’est pas améliorée au Maroc. Elle a même empiré, témoigne auprès de France 24 Nabil, un habitant de Casablanca. « L’an dernier, j’avais déjà eu du mal à accéder à la tombe [où repose mon père]. Il y avait des herbes hautes, des broussailles qui barraient le chemin, et je m’étais frayé un passage avec une scie et un couteau. Mais cette année, c’était pire, l’accès était totalement obstrué par la végétation et j’ai [finalement] dû renoncer ».

Ce témoignage n’est pas un cas isolé puisque Média 24 constate parallèlement que la ville compte une dizaine de cimetières, dont la moitié reste fermée. « C’est le cas de Chouhada qui n’est ouvert que pour les enterrements de personnalités. Le reste du temps ce serait un squat pour sans-abris, une véritable cour des miracles où la fréquentation atteint son sommet le vendrediAinsi, il est généralement impossible de se recueillir sur la tombe d’un proche sans être dérangé » peut-on lire dans l’article.

La société civile comme palliatif 

Quant à Tahar Ben Jelloun, artiste franco-marocain connu pour son prix Goncourt obtenu en 1987, il n’hésite pas à dresser un portrait chaotique du cimetière de Tanger où sont enterrés ses parents. « Il est impossible de se concentrer et de penser sereinement aux êtres chers enterrés là. En comparaison, le cimetière chrétien situé un peu plus loin est non seulement gardé et protégé, mais également nettoyé et bien entretenu. Comme quoi, même leurs morts disposent de meilleures conditions pour le repos éternel et pour le respect » a-t-il déclaré au 360.

Face à cette situation inacceptable, de nombreux Marocains ont finalement décidé de pallier aux manques étatiques sur ce dossier en faisant du bénévolat. France Info cite ainsi en exemple l’association S.O.S Cimetière Maroc fondée en 2013 par Redouane Seyour, Belge d’origine marocaine.

« A la mort de mon père, j’ai découvert l’état du cimetière Moujahidine de Tanger. A ce moment-là, je me suis dit que j’avais deux solutions : soit je fais comme tout le monde, j’enterre mon père sans rien dire et après je continue à vivre ma vie, soit j’agis et fais en sorte que ça bouge. J’ai choisi la deuxième option. »

Pour rappel, le Maroc comprend 1 250 cimetières sur son territoire répartis dans 120 communes.

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