Armes chimiques : la « ligne rouge » a-t-elle de nouveau été franchie en Syrie ?

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09.04.2018

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir cet après-midi pour évoquer une récente attaque chimique présumée dans la Ghouta orientale.

Samedi dernier, une attaque chimique présumée a eu lieu à Douma, l’un des derniers fiefs rebelles de la Ghouta orientale, à l’est de Damas, faisant plusieurs dizaines de victimes. Selon les ONG de l’opposition syrienne présentes sur place, il s’agit très clairement d’un acte du régime, tandis que l’armée de Bachar al-Assad est en train de reprendre le contrôle de cette zone, assiégée depuis 2013. Si aucune enquête, pour l’instant, n’a pu être diligentée pour déterminer avec précision le type d’agent chimique, les médecins intervenus à Douma estiment qu’il s’agit éventuellement du sarin, déjà employé par le régime d’Assad.

« Ligne rouge »

Hier soir, Donald Trump et Emmanuel Macron se sont mis d’accord pour « coordonner leurs actions et leurs initiatives au sein du Conseil de sécurité des Nations unies » qui doit se réunir en urgence cet après-midi. Les deux dirigeants ont appelé de concert une « réponse forte » aux actes récents, qui ont entraîné « de nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque CHIMIQUE insensée en Syrie » a par ailleurs tweeté le président américain. Pour qui la responsabilité de la Russie et de l’Iran ne fait aucun doute. Le dossier syrien étant l’un des plus épineux, entre les diplomaties américaine et russe, au sein du Conseil de sécurité.

Fin février dernier, alors que celui-ci venait d’adopter une résolution pour instaurer une trêve humanitaire dans la Ghouta orientale – après que les offensives et bombardements du régime contre le fief rebelle avaient fait plus de 500 morts -, Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, s’était violemment emportée contre son homologue russe, Vassily Nebenzia. Tandis que ce dernier estimait que l’application d’un cessez-le-feu dans la banlieue de Damas était irréalisable, la première avait accusé la Russie de soutenir aveuglément le régime syrien. Et, donc, de participer au carnage, en cours à l’époque, contre les populations civiles syriennes.

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On devrait donc assister à une passe d’armes entre Moscou, indéfectible soutien de Damas, et Washington, quelle que soit l’issue de la réunion du Conseil de sécurité. La France, de son côté, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé qu’elle « assumera toutes ses responsabilités au titre de la lutte contre la prolifération chimique. » Sous-entendu : Paris n’hésitera pas à frapper les forces syriennes, comme elle l’a répété à plusieurs reprises, en cas d’utilisation avérée par elles d’armes chimiques. C’est la fameuse « ligne rouge » fixée par Emmanuel Macron – mais également Donald Trump – et très critiquée par certains.

Crispations

Début février dernier, François Delattre, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avait par exemple tenu à rappeler que « le régime syrien a déjà été identifié comme responsable dans quatre [cas d’attaques chimiques], dont un cas d’utilisation de sarin, en violation du droit international humanitaire et des engagements pris par la Syrie lorsqu’elle a adhéré à la Convention d’interdiction des armes chimiques » en 2013. Et pour Olivier Lepick, membre de la Fondation pour la recherche stratégique, « il est totalement illusoire de penser que l’on pourrait dénier la possession [de telles armes] au régime syrien. »

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Même son de cloche chez Marie Peltier, historienne et spécialiste de la Syrie, qui était revenue pour le Monde arabe sur l’entreprise de propagande de Bachar al-Assad pour s’extraire de toute responsabilité – quant aux armes chimiques, mais également quant aux multiples bombardements. Celle-ci de rappeler, hier, à M. Macron, que la « ligne rouge » avait été bel et bien franchie « à nouveau », et d’attendre ainsi sa « réaction en actes ». Cette nuit, une base militaire syrienne a été bombardée, dans le centre du pays, faisant au moins 14 morts, et laissant penser à une attaque aérienne de Paris ou Washington. Qui ont immédiatement démenti en être à l’origine.

La Russie et la Syrie, ce matin, ont d’une même voix affirmé que le bombardement avait été effectué par des avions israéliens depuis le territoire libanais. « Deux avions F-15 de l’armée israélienne ont frappé l’aérodrome entre 3h25 et 3h53 heure de Moscou (0h25 et 0h53 GMT) à l’aide de huit missiles téléguidés depuis le territoire libanais, sans pénétrer dans l’espace aérien syrien » a effectivement expliqué le ministère russe de la Défense. Contactée par l’AFP, l’armée israélienne – qui s’est livrée à plusieurs attaques de ce genre ces derniers temps – n’a quant à elle pas souhaité commenter. Les prochains jours promettent quelques crispations.

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