En Irak, la corruption reste endémique malgré une politique volontariste

Le gouvernement irakien a lancé un grand plan anticorruption

Jouant sur une politique plus agressive de lutte contre le détournement d’argent public avant les élections législatives d’octobre prochain, le Premier ministre Moustafa Al-Kazimi a mis en place un plan anticorruption contre des hommes d’affaires, d’anciens gouverneurs ou encore juges et opposants. L’ampleur des résultats rappelle à quel point le pays reste profondément miné par la corruption à tous les échelons de la société.

 

Grande campagne anti-corruption : toutes les sphères de la société irakienne mises en cause

 

L’Irak est un des pays les plus corrompus au monde. Plus précisément, selon Transparency International, le pays arrive à la 21ème place en termes d’intensité du phénomène. À tel point que fin 2019, la population descendait dans la rue pour réclamer un terme à une pratique qui coûte cher à la prospérité, dans un pays où 12 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, où le taux de chômage explose à 15 % et où les infrastructures publiques sont en restées en désuétude après des années de guerre.

Pour calmer la rue irakienne, le pouvoir en place, outre une répression parmi les plus féroces de son histoire (presque 2000 morts sous les armes gouvernementales), souhaite depuis plusieurs mois multiplier les initiatives et les arrestations de personnalités ayant détourné de l’argent public. Parmi celles-ci, la plus médiatique est sans doute Jamal Al-Karbouli, chef du puissant parti sunnite Al-Hal, arrêté le 18 avril dernier pour suspicion de détournement à hauteur de plusieurs millions de dollars.

Suivant de près l’arrestation d’Al-Karbouli, deux généraux sont arrêtés le 12 juin au port d’Oum Qasr. Les deux officiels, respectivement chef du terminal nord du port et responsable de l’audit douanier, profitaient du passage sous leur nez des marchandises étrangères, car Oum Qasr est l’un des principaux points d’entrée dans le pays pour les importations de nourriture et de médicaments. On peut également citer Qassem Musleh, chef des « forces de mobilisation populaire », arrêté en juin dans la foulée.

Ce dernier, commandant en chef d’une milice chiite soutenue par l’Iran, a également été arrêté pour motif de corruption financière, bien que sa participation à des actions antiaméricaines ait pu également entrer dans la balance. Quoi qu’il en soit, la corruption touche ainsi à toutes les confessions, toutes les sphères la société irakienne, tous les groupes d’intérêts ainsi que toutes les administrations, comme le démontre cette fois-ci l’arrestation de l’ancien gouverneur Nawfal Al-Akoub.

 

La justice aussi visée par le plan anti-corruption

 

La corruption généralisée a un impact direct sur le manque de confiance des investisseurs : sans garantie juridique indépendante, le risque de spoliation et autre préjudice sont des incitations négatives. Or, l’arrestation du juge Jafar Al-Khazraji, accusé d’avoir détourné plus de 17 millions d’euros, entame encore la crédibilité du droit des affaires dans le pays. En effet, il faut rappeler que ce dernier fut l’un des juges de l’affaire Korek en 2014. À l’époque, le groupe français Orange et le groupe koweïtien Agility avaient acquis 44 % de l’opérateur irakien Korek en 2011 avant de se faire exproprier 3 ans plus tard par l’autorité de régulation des télécommunications irakiennes.

Lorsque les deux entreprises s’étaient tournées vers la justice irakienne pour contester cette décision (d’un coût avoisinant les 400 millions d’euros), elles avaient été déboutées plusieurs fois, avant de tenter un règlement international devant la CIRDI. Si deux cadres de l’autorité de régulation des télécoms ont déjà été soupçonnés corruption, il se trouve que l’un des tribunaux qui ont débouté les entreprises spoliées se trouvait être présidé par un certain Jafar Al-Khazraji…

 

Pertes de confiance des investisseurs étrangers

 

Au-delà de la question morale et de l’engagement du service public attendu des leaders politiques et membres de l’administration, la question de la corruption est également un gros problème économique. Les autorités irakiennes estiment que depuis 2003, le phénomène a fait perdre 410 milliards de dollars au pays ! La somme des investissements étrangers a baissé depuis 2019 : non seulement les entreprises n’investissent plus, mais elles retirent leurs fonds. En 2019 toujours, l’Irak était classé 172ème à l’indice de la facilité à faire des affaires par la Banque Mondiale.

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