Soudan : des organisations internationales réclament la libération des détenus

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09.11.2021

Human Rights Watch et Amnesty International ont demandé qu’il soit mis fin aux « arrestations arbitraires ».

Dans une déclaration commune publiée mardi, deux grandes organisations internationales de défense des droits ont exhorté l’armée soudanaise à libérer les responsables gouvernementaux, les militants et les autres personnes détenues lors du coup d’État perpétré par l’armée le mois dernier. Human Rights Watch et Amnesty International ont également demandé qu’il soit mis fin aux « nouvelles arrestations arbitraires » et à la répression des manifestations anti-coup d’État.

C’est la première fois que les deux groupes publient une déclaration commune ; ils avaient chacun séparément appelé l’armée soudanaise à libérer les personnes arrêtées pendant et après le coup d’État. Pour rappel, le 25 octobre dernier, l’armée soudanaise a pris le pouvoir en évinçant le gouvernement de transition du pays, et arrêtant plus de 100 fonctionnaires et dirigeants soudanais, ainsi qu’un grand nombre de manifestants et militants.

L’armée a également placé le Premier ministre, Abdalla Hamdok, en résidence surveillée à Khartoum, la capitale du Soudan. Et, depuis cette prise de pouvoir, au moins 14 manifestants anti-coup d’État ont été tués, en raison de la force excessive utilisée par les forces de sécurité du pays, selon des médecins soudanais et les Nations unies. Dimanche dernier, les forces de sécurité ont aspergé les manifestants de gaz lacrymogènes et arrêté plus de 100 personnes, pour la plupart des enseignants anti-coup d’État, à Khartoum.

Fragile transition

Le coup d’État a suscité des critiques internationales et des protestations massives dans les rues de Khartoum et ailleurs dans le pays. Moez Hadra, avocat de la défense des fonctionnaires destitués, a déclaré que la moitié d’entre eux seraient détenus dans la capitale, tandis que les autres sont dispersés dans les provinces du pays. Pour l’instant, aucun avocat de la défense n’a pu communiquer avec ses clients, ni même été autorisé à connaître l’endroit de leur détention.

Vingt-cinq des personnes détenues sont accusées d’avoir incité les troupes à se rebeller contre leurs chefs, a fait savoir Moez Hadra. Si elles sont reconnues coupables, elles risquent d’être condamnées à la prison à vie, a-t-il ajouté. Mohamed Osman, chercheur de Human Rights Watch spécialiste du Soudan, a déclaré que depuis le coup d’État, « l’armée soudanaise a eu recours à ses tactiques brutales et bien rodées, sapant les progrès modestes mais importants en matière de droits et de libertés pour lesquels les Soudanais de tous horizons se sont battus ».

Le coup d’État a effectivement bouleversé la fragile transition planifiée du pays vers un régime démocratique, plus de deux ans après qu’un soulèvement populaire a forcé la destitution de l’autocrate de longue date Omar el-Béchir et de son gouvernement islamiste, en avril 2019. Les Soudanais sont descendus dans la rue en masse pour protester contre le coup d’État. Leur revendication ? Qu’un gouvernement civil dirige le Soudan pendant la transition.

Mais les dirigeants militaires ont soutenu qu’ils étaient contraints de prendre le pouvoir en raison de prétendues querelles entre partis politiques, qui, selon eux, pourraient conduire à une guerre civile. Des efforts de médiation internationale ont été entrepris pour trouver une issue à la crise – ou au moins ramener le Soudan à son statut d’avant le coup d’État – sans grand résultat. De son côté, le mouvement de protestation a rejeté les initiatives soutenues par la communauté internationale visant à revenir à un accord de partage du pouvoir avec les militaires.

 

 

Crédits photo : Des personnes brûlent des pneus à Khartoum, au Soudan, le dimanche 7 novembre 2021 (AP Photo/Marwan Ali).

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