En Tunisie, la population s’élève contre la hausse des prix

Un homme a trouvé la mort lors des manifestations qui ont émaillé le pays ces derniers jours.

A quelques jours du septième anniversaire de la révolution du 14 janvier 2011, dans plusieurs villes de Tunisie, des manifestations ont eu lieu dans les nuits de lundi à mardi et de mardi à mercredi derniers. Des heurts nocturnes principalement dus à la colère de la population liée à l’augmentation des prix que prévoit la loi de finances 2018, vivement critiquée dans le pays.

Lundi soir, des mouvements de protestation ont ainsi démarré simultanément dans plusieurs gouvernorats tunisiens et un peu partout dans la capitale, Tunis. A Tebourba, dans le gouvernorat de Manouba, un homme a même trouvé la mort à la suite d’affrontements avec les forces de l’ordre. Selon une radio locale, la personne âgée de 45 ans a succombé à ses blessures après avoir été transportée à l’hôpital.

Une source sécuritaire a de son côté démenti les informations selon lesquelles le manifestant a été fauché par un véhicule des forces de l’ordre. « Des sources médicales ont assuré qu’aucune marque de violence n’a été observée sur la dépouille du jeune homme » a-t-elle indiqué, alors que le corps de la victime a été transféré à la médecine légale pour autopsie.

Mouvements de protestation pacifiques

Mardi encore, la capitale s’est transformée en un véritable théâtre de violences et de saccages. Des affrontements violents entre délinquants armés de couteaux et personnels sécuritaires ont en effet eu lieu dans différentes banlieues de Tunis. Et d’après Khelifa Chibani, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, 44 délinquants voulant semer le chaos et profiter du désordre pour se livrer à des pillages ont été arrêtés.

Intervenant sur les ondes de Mosaïque FM, le responsable politique a tenu à souligner que ces actes de vandalisme n’ont aucun rapport avec les mouvements de protestation pacifiques condamnant la hausse des prix – pourtant garantis par la constitution. « Il s’agit de personnes qui pillent et volent à l’aide d’armes blanches » comme à « El Gtar [où] le bureau des recettes des finances a été assailli. »

« A El Batan […] des individus se sont introduits au poste de police et ont incendié le bureau du chef. […] Toujours à El Gtar, deux voitures et une moto ont été volées au dépôt municipal. Idem à Kasserine, où 34 motos ont été subtilisées alors que les assaillants ont lancé des cocktails Molotov, blessant deux agents et le directeur de la sécurité nationale de la région » a poursuivi M. Chibani.

Contexte économique et social fébrile

Les manifestants qui s’étaient rassemblés pour protester contre la cherté de la vie espèrent de leur côté que ces débordements ne viendront pas couvrir leurs requêtes. A savoir, notamment : une suspension de la loi de finances 2018, revenir aux prix initiaux des denrées et embaucher au moins une personne dans chaque famille pauvre, d’après Hamza Nasri, militant de la campagne citoyenne Fech Nestannew (« Q’est-ce qu’on attend »).

La Tunisie connait actuellement un contexte économique et social fébrile. A l’inflation (6,4 %) et au taux de chômage élevé (15 % et 30 % chez les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur par exemple) s’ajoutent une corruption contre laquelle l’Etat a du mal à lutter, ainsi qu’une médiocre couverture sociale pour les familles en difficulté.

En 2016, le pays avait obtenu une nouvelle ligne de crédits du Fonds monétaire international (FMI), d’un montant de 2,4 milliards d’euros sur 4 ans, en échange d’une réduction des déficits – la dette publique de la Tunisie frôle effectivement les 70 % du PIB et son déficit dépasse les 6 %. Ce qui a poussé le gouvernement de Youssef Chahed, nommé en août 2016, à aggraver la fiscalité tunisienne, en relevant par exemple la TVA. Une mesure qui, socialement, n’est pas passée.

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