En Somalie, la tragédie de l’eau

L’ONU s’alarme du niveau extrêmement haut des eaux dans le pays, qui souffre déjà de malnutrition et de sècheresse.

Tous les acteurs humanitaires et autres institutions internationales sont d’accord pour le dire : la Somalie a grandement besoin d’eau. Les sècheresses, surtout, mais également la guerre civile entre forces gouvernementales et terroristes des Shebab (islamistes), empêchent les habitants de certaines régions d’avoir accès à cette ressource. Résultat : des vagues de famine, plus ou moins importantes, mais constantes, alors que plus de 2 millions de Somaliens ont aujourd’hui besoin d’une aide vitale. Ceci malgré des pluies parfois supérieures à la moyenne de la région. Un paradoxe. Ou une tragédie.

Récemment, d’ailleurs, en raison de l’augmentation des précipitations dans les bassins de Juba et de Shabelle en Somalie (sud) et en Ethiopie voisine, les niveaux d’eau des rivières, qui étaient extrêmement bas entre janvier et février cette année, ont régulièrement augmenté depuis mars. Et ont maintenant atteint des niveaux élevés de risque d’inondation et de débordement qui ne devraient pas diminuer. Selon le programme SWALIM (Somalia Water and Land Information Management), géré par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), des pluies modérées à fortes sont prévues pour la semaine à venir dans la plupart des régions du pays, ainsi que dans les hauts plateaux éthiopiens.

718 000 personnes touchées

D’après, cette fois-ci, le Bureau onusien des affaires humanitaires (OCHA) pour la Somalie, les fortes précipitations de la semaine dernière ont été réparties dans de nombreuses régions du pays, et « on s’attend à ce que les vagues de crue des parties supérieures des deux fleuves en Ethiopie soient transmises aux deux fleuves de Somalies, qui sont déjà à pleine capacité […]. » Et « des pluies modérées à fortes sont susceptibles d’exacerber les conditions du sol et de déclencher d’autres crues soudaines ou inondations » ajoute l’OCHA dans son communiqué. En ligne de mire, les zones bâties et basses de Bay et de Bakool, dans le sud-ouest du pays, qui subiront ces tumultes de l’eau.

Ce n’est pas tout. « Dans l’Etat de Jubaland, des inondations fluviales et des crues éclair continuent d’être signalées [et] on estimé à 206 000 le nombre de personnes touchées et à près de 95 000 le nombre de personnes déplacées. » Au total, 718 000 personnes ont été touchées par ces phénomènes. Qui inquiètent également les zones agricoles. « De vastes étendues de terres agricoles sont inondées et les cultures ont été emportées par les inondations » renseigne l’organe onusien. « La plupart des fermes […] se trouveraient [ainsi] sous l’eau. » Et, là aussi, les habitants des zones riveraines ont été obligés de déménager vers des terrains plus élevés.

Plan de réponse humanitaire

Même les personnes restées sur place subissent indirectement la situation. En cause, notamment : l’engorgement de l’eau, le manque d’accès aux soins et aux latrines, la destruction des abris posent des problèmes de santé. « L’accès aux approvisionnements alimentaires est limité car les principales voies sont impraticables » explique l’OCHA. Problème : les fournitures médicales sont insuffisantes pour répondre aux besoins croissants de la population ; l’accès aux villages touchés étant par ailleurs limité en raison de l’insécurité et des routes impraticables. Ce qui a incité de nombreux partenaires en Somalie à régir.

Depuis quelques semaines, « les partenaires humanitaires sur le terrain ont donné la priorité à l’eau, à l’assainissement, à l’hygiène, à la santé, au logement et à la réponse alimentaire » a effectivement indiqué Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, fin avril. De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a livré 4,5 millions de tonnes de médicaments et autres fournitures médicales à Belet Weyne, capitale de la province de Shabelle (sud). Quant aux troupes de maintien de la paix de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), elles ont évacué 10 000 résidents de cette zone. La totalité des acteurs espérant à présent des fonds supplémentaires d’urgence pour poursuivre leurs efforts. Pour mémoire, le plan de réponse humanitaire pour 2018 en Somalie, chiffré à 1,5 milliard de dollars (avant inondations), n’est financé qu’à hauteur de 19 % pour l’instant.

Lire aussi : De l’EAU dans le gaz en Somalie