Les cerfs-volants de Gaza, remèdes à la solitude

Mercredi prochain doit se tenir une réunion d’urgence de l’Assemblée générale de l’ONU sur la question palestinienne.

L’image du faible contre le fort a pris bien des formes et des couleurs tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, elle convoque des cerfs-volants enflammés et des drones dans le ciel palestinien. Des torches de fortune, artisanales, soumises aux vicissitudes des éléments, contre des engins de conception et de raison, pilotés par les dominants. Voilà comment l’actualité dans la bande de Gaza, à la frontière avec Israël, pourrait se résumer, près d’un mois après la commémoration de la Nakba (la « catastrophe » en arabe) par les Palestiniens.

Le 14 mai dernier, tandis que Washington inaugure son ambassade à Jérusalem, décrétée unilatéralement par Donald Trump, le chef d’Etat américain, capitale de l’Etat hébreu, des milliers de Gazaouis se sont massés le long de la bande de Gaza. Le but ? Protester contre cette spoliation de l’espace et de l’identité palestiniens, « seuls face au recours à la violence disproportionnée des snipers de l’armée israélienne » dira plus tard Béligh Nabli, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

« Cynisme du Premier ministre »

Le résultat est connu : près de 130 morts en deux mois et plus de 1 300 blessés, dont certains, eu égard au type de munitions utilisées par les soldats israéliens, handicapés à vie. Ce n’est pas tout. Le peuple palestinien s’est réveillé de cet incident meurtri, mais également isolé. Avec un sentiment d’abandon tenace de la part d’un « monde arabe » autrefois si prompt à défendre le territoire que grignote Israël depuis plusieurs décennies. Israël qui, d’ailleurs, « jouit d’un sentiment d’impunité et de toute puissance » selon Béligh Nabli.

La raison ? « L’appui inconditionnel des Etats-Unis et […] la passivité de la communauté internationale » – celle de l’Arabie saoudite, surtout, que sa politique ouvertement anti-Iran a poussée à se rapprocher de l’Etat hébreu. « Le gouvernement nationaliste dirigé par Benjamin Nétanyahou a rejeté les appels internationaux à une enquête indépendante sur ces faits et le recours à la violence armée contre des manifestants pacifiques » indique le chercheur. Qui poursuit, amer : « Le cynisme du Premier ministre l’a conduit à féliciter son armée. »

« Personnes protégées »

Face à l’inertie générale caractérisée à son égard, l’Autorité palestinienne (AP), refusant qu’on lui marche sur les pieds, a décidé de réagir. Le 22 mai dernier, le ministre des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, a officiellement référé à la Cour pénale internationale (CPI) les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, dont l’apartheid, commis par « le gouvernement d’Israël ou ses agents. » L’intéressé d’expliquer ensuite avoir « pris cette mesure en raison de l’intensification de la fréquence et de la gravité des crimes commis contre notre peuple ».

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Une saisine de la CPI qui a eu lieu quelques jours après celle de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), visant cette fois « la perpétration de crimes de guerre commis par l’armée israélienne contre des journalistes palestiniens ». Ceci en toute connaissance de cause selon Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « Les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer la présence, parmi les civils manifestant, de journalistes. Elles ont manqué à leur élémentaire devoir de précaution et de distinction en visant à balles réelles ces personnes protégées » selon lui.

Début de panique

Problème : Israël n’est pas membre de la CPI. Il faut donc que le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), « seul organe habilité à rendre le statut de la CPI applicable à un Etat non-partie » précise Béligh Nabli, adopte une résolution en ce sens. Ce qui parait largement improbable – Washington soutenant fermement Tel-Aviv. Et il y a d’ailleurs peu de chances pour que la Cour accepte d’ouvrir une enquête, quand bien même celle-ci le serait au nom de la Palestine – partie à la CPI depuis 2014 mais totalement isolée, donc, sur la scène internationale.

En attendant, une réunion d’urgence de l’Assemblée générale de l’ONU doit avoir lieu mercredi prochain pour obtenir la protection des Palestiniens. Qui, à Gaza, ont choisi de passer par les airs pour protester. « Un cerf-volant ne coûte pas plus de deux euros, alors qu’il peut leur coûter des millions d’euros de dégâts » affirmait un Palestinien, il y a quelques jours, depuis la bande de Gaza, cité par France Info. Le 5 juin dernier, le feu s’est d’ailleurs approché du campus de la ville de Sdérot, en Israël, provoquant un début de panique chez certains habitants, d’après le média.

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