Palestine : vers une nouvelle « troisième intifada » ?

A plusieurs reprises, depuis les années 2000, le déclenchement de la « troisième intifada » a été redouté.

Le terme « troisième intifada » est désormais en Une de tous les quotidiens. Après la déclaration du président américain, Donald Trump, reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, les affrontements entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes se sont multipliés. Jeudi dernier, plusieurs roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza, l’enclave palestinienne contrôlée par le Hamas, contre l’Etat hébreu. Tsahal, l’armée israélienne, a riposté en menant des raids aériens contre des cibles « militaires » à Gaza, faisant plusieurs morts au sein du mouvement islamiste. Vendredi, des manifestations ont eu lieu à Jérusalem et en Cisjordanie, au cours desquelles des Palestiniens ont attaqué les forces de l’ordre à coups de pierres, celles-ci répondant par des jets de gaz lacrymogène et des tirs de balles en caoutchouc. Et, preuve que la tension commence à se régionaliser, des manifestants ont tenté aujourd’hui de forcer les barrages mis en place par l’armée libanaise pour rejoindre l’ambassade américaine à Aoukar, au nord de Beyrouth (Liban).

« Soulèvement »

L’actualité palestinienne est également suivie de près en Turquie. Tentant de s’imposer comme l’homme-clé de la cause palestinienne, le président Recep Tayyip Erdogan a de son côté affirmé que son pays « n’abandonnera pas Jérusalem à la merci d’un Etat terroriste qui tue des enfants ». Une déclaration loin d’apaiser les esprits. Même si la mobilisation populaire n’a pas été aussi importante qu’escompté, de nombreux heurts ont également eu lieu ce jour en Cisjordanie, où un Palestinien a été blessé par des balles en caoutchouc, selon des sources palestiniennes. Face à ce regain de violence, les Nations unies (ONU) avaient convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, vendredi, après la condamnation quasi-unanime de la décision de Donald Trump. Tandis que la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avait affirmé redouter un retour « à des temps plus sombres », la Russie s’était également dite « très inquiète » concernant la situation.

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Le risque est effectivement connu : les observateurs craignent de voir ressurgir le temps des « intifada », ou « soulèvement » en arabe, événements marquants du conflit israélo-palestinien. A deux reprises, en 1987 et en 2000, des révoltes face à l’occupation des territoires palestiniens par Israël et, plus généralement, face aux injustices subies par le peuple arabe, débouchent sur plusieurs années de manifestations et de guérillas, causant la mort de nombreux Palestiniens et Israéliens. « Jérusalem-Est occupe une situation de pivot stratégique et décisif, et il faudra suivre avec attention son actualité [qui pourrait être] le catalyseur de dérapages incontrôlés » affirmait en avril dernier, comme un mauvais présage, le journaliste indépendant Laurent Perpigna Iban, spécialiste du Moyen-Orient. Qui ajoutait : « La situation aujourd’hui dans la tête des Palestiniens semble confuse. Les échecs répétés de tous les pourparlers de paix ont anéanti tout espoir d’une amélioration sur le terrain politique et diplomatique. »

« Jérusalem est notre capitale »

Une confusion, chez la population palestinienne, qui pourrait entrainer une « troisième intifada » ? Rien n’est moins sûr. « Personne ne peut prédire, si soulèvement il y a, quels seront ni le fond, ni les formes de ces nouveaux actes collectifs » selon lui. « Les mécanismes qui ont provoqué la première et la deuxième intifada étaient légèrement différents. Le modus operandi de ces deux soulèvements l’était également […] mais dans les deux cas, il s’agissait d’actions collectives et relativement populaires. » Ce qui est le cas aujourd’hui, raison pour laquelle les observateurs estiment que la situation va s’aggraver, comme en 1987 et en 2000. Sauf qu’à plusieurs reprises, déjà, les journalistes et autres analystes ont annoncé par le passé l’avènement de la « troisième intifada ». En 2015, par exemple, Nahum Barnea, l’une des grandes plumes du quotidien israélien Yediot Aharonot, attaquait son éditorial par cette phrase : « C’est une intifada, la troisième intifada ». Ceci après que deux juifs ultraorthodoxes s’étaient fait tuer dans la vieille ville de Jérusalem.

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« C’est un spectre qui resurgit au moindre incident entre Israéliens et Palestiniens. La troisième intifada, celle dont on parle tant, mais dont chaque prédiction s’est avérée fausse, continue de hanter les esprits » indiquait en avril dernier Laurent Perpigna Iban. « Mais chacun sait que la stratégie d’Israël est d’emmener les Palestiniens sur la voie de la violence, afin de légitimer en conséquence une politique résolument offensive. L’histoire semble là-bas tourner en boucle selon le même schéma : enfermer, appauvrir, réprimer les révoltes et finalement brandir la carte du terrorisme pour légitimer politiquement [le] blocage [de la Palestine]. » Hasard du calendrier – puisque la visite avait été programmée avant la déclaration de Donald Trump -, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a été reçu aujourd’hui à l’Elysée par Emmanuel Macron, qui lui a demandé de faire « un geste courageux envers les Palestiniens ». Ce à quoi son hôte lui a rétorqué que « Jérusalem est notre capitale et pas celle d’un autre peuple. » S’il est trop tôt pour sonner le début de la troisième intifada, l’opiniâtreté du chef du gouvernement israélien ne pacifiera pas la situation.

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