Benjamin Netanyahou, stratège politique et manipulateur de médias

« Avec la victoire de Netanyahou, il est temps d’admettre qu’Israël est devenu une dictature », titrait mercredi matin « Ha’Aretz ».

En règle générale, avant une élection, un(e) candidat(e) va plutôt chercher à rassembler les électeurs afin de ramasser des voix. Pour, une fois élu(e), diviser. Car une politique, quelle qu’elle soit, peut difficilement satisfaire tout un chacun. Benjamin Netanyahou vient de prouver que, pour remporter un scrutin, la stratégie inverse était également possible.

« Juifs et non juifs »

Plutôt que de tenter d’unifier un corps électoral trop éparpillé, « Bibi » n’a eu de cesse d’invectiver certaines franges de la population israélienne, durant les semaines qui ont précédé les élections. Les populations arabes, surtout, en affirmant par exemple la semaine dernière qu’il souhaitait, une fois réélu, annexer les colonies cisjordaniennes. Une sortie médiatique qui peut s’ajouter à son projet, plus ancien, d’ « Etat-nation du peuple juif », visant à instaurer de facto l’apartheid pour les populations non juives – qui a du plomb dans l’aile cependant. Voilà pour la division.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une fois sa victoire quasiment entérinée – son parti, le Likoud (droite), peut compter sur l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes pour former une coalition -, le Premier ministre sortant, qui devrait rempiler pour un 5ème mandat (4ème de suite), a déclaré devant ses partisans enflammés : « J’ai l’intention d’être le Premier ministre de tous les citoyens d’Israël, de droite et de gauche, juifs et non juifs ». Voilà pour le rassemblement.

« Scandales qui l’escortent »

Fin manœuvrier, Benjamin Netanyahou, qui avait précipité des élections législatives anticipées afin d’éviter la balance de la justice (inéluctable selon certains ; le chef du gouvernement israélien est inquiété dans trois affaires de corruption), vient de prouver qu’il possédait un certain talent de stratège politique. « Benjamin Netanyahou, qui fêtera ses 70 ans en octobre, pourrait rédiger un manuel de survie à l’attention des mouvements populistes et identitaires en ascension ailleurs dans le monde », a même écrit Piotr Smolar, journaliste au Monde et fin connaisseur du Proche-Orient.

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Ce dernier présente le « nouveau » Premier ministre israélien – qui doit tout de même attendre que le président de l’Etat hébreu, Réouven Rivlin, l’invite à former un gouvernement, selon les règles constitutionnelles -, comme « un homme en passe de relever son pari, exceptionnel en démocratie, celui d’obtenir un cinquième mandat à la tête du pays, malgré l’usure du temps, les scandales qui l’escortent et un adversaire plus consistant que jamais ». L’ancien chef d’état-major Benny Gantz (Bleu Blanc, 26 % des voix environ), centriste, se révélant être effectivement un candidat « coriace ».

Problèmes avec la justice

Concernant « Bibi » et sa réélection, le quotidien israélien de référence Ha’Aretz (indépendant) offre un avis légèrement moins mesuré. « Avec la victoire de Netanyahou, il est temps d’admettre qu’Israël est devenu une dictature », titrait ainsi l’éditorialiste Bradley Burston mercredi matin. Qui s’appuyait notamment sur la manière dont le Premier ministre israélien a tenté (et réussi ?) de décrédibiliser toute formation politique autre que le Likoud durant la campagne – ce qu’il a toujours fait avec la gauche israélienne, en miette. En juxtaposant par exemple les jugements à l’emporte-pièce et en s’adonnant à la « manipulation des médias », selon Bradley Burston, à l’encontre de Benny Gantz notamment.

Rien d’étonnant, visiblement, à cela. Dans un article sur le bilan du 4ème mandat de Netanyahou, publié il y a quelques jours, le quotidien israélien revenait déjà sur le rapport plus que serré entre le clan du Premier ministre et certains organes de presse de l’Etat hébreu. En des termes peu équivoques : « On se souviendra du 34ème gouvernement israélien comme l’un de ceux qui se seront efforcés de museler les médias. […] N’oublions pas les largesses envers de richissimes hommes d’affaires [finançant les médias] », écrivait Ha’Aretz. Des largesses qui peuvent encore valoir à Benjamin Netanyahou quelques problèmes avec la justice, pour rappel.

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