En Libye, l’ONU met en garde contre un éventuel « crime de guerre »

La conférence internationale sur la Libye est reportée sine die alors que les combats se poursuivent aux abords de Tripoli.

Alors que la Libye renoue petit à petit avec la guerre civile, le secrétaire général des Nations unies (ONU) reste optimiste. « Il est encore temps d’arrêter. Il est encore temps qu’un cessez-le-feu ait lieux, qu’une cessation des hostilités intervienne et que l’on évite le pire ». A savoir : « une bataille dramatique et sanglante pour Tripoli », a déclaré Antonio Guterres, mercredi 10 avril, à l’issue d’une réunion avec le Conseil de sécurité sur la situation en Libye. Qui, depuis une semaine, connait un regain de tension entre, d’une part, les forces du maréchal Khalifa Haftar, « l’homme fort de l’Est », et d’autre part l’armée du gouvernement d’ « union nationale » (GNA), internationalement reconnu.

« Gaspiller les opportunités »

Jeudi 4 avril, Khalifa Haftar, aux accents volontiers populistes, lançait depuis Facebook un appel aux armes à l’attention de son Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée, afin de prendre la capitale du pays, Tripoli. La veille, l’un de ses porte-parole, le général Ahmed Al-Mesmari, avait laissé sous-entendre qu’une offensive aurait lieu, avec pour objectif de « purger l’Ouest des terroristes et des mercenaires ». En réponse, plusieurs milices anti-Haftar s’étaient dites prêtes à « affronter ce rebelle » et « stopper [son] avancée maudite ».

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Une semaine plus tard, le bilan est alarmant. Au moins une cinquantaine de personnes ont été tuées et plus de 180 autres blessées, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; les combats à la lisière de Tripoli ont déplacé environ 3 400 Libyens et empêchent les convois humanitaires d’atteindre les civils et les personnes blessées. « Parmi les personnes décédées, 9 sont des civils, dont deux médecins, qui fournissaient des services indispensables aux population à Tripoli », a précisé Tarik Jasarevic, un porte-parole de l’OMS, lors d’une conférence de presse à Genève (Suisse).

Tandis qu’une conférence internationale sur la Libye devait se tenir dans les prochains jours, l’émissaire onusien pour le pays, Ghassan Salamé, a annoncé mardi dernier qu’elle aurait lieu « dans les meilleurs délais »« Nous ne pouvons pas demander aux gens de participer à la conférence sur fond de coups de feu et de frappes aériennes », a-t-il estimé, tout en reconnaissant vouloir agir avec « prudence et responsabilité […] afin de ne pas gaspiller les opportunités historiques disponibles ».

« Processus politique »

Le rendez-vous (manqué) devait accoucher de solutions pour résoudre de manière politique la crise en Libye, qui dure depuis 2011 et la chute du dictateur Mouammar Kadhafi. C’est d’ailleurs dans l’optique d’arriver en position de force à cette conférence que le maréchal Haftar, qui dispose déjà de la Cyrénaïque (est) et d’une bonne partie du sud, comptait s’emparer de Tripoli. Où résident une bonne partie des actifs stratégiques de la Libye, comme les aéroports, les ports et la Banque centrale libyenne.

La question, à présent, est de savoir ce que comptent faire le maréchal Haftar et son Armée nationale : écouter les appels qui émanent de l’international (ONU, Etats-Unis et France en tête) pour que cessent les combats ? Poursuivre les affrontements et risquer un embrasement certain ? Dans sa déclaration de mercredi dernier, Antonio Guterres a martelé « qu’il n’y a pas de solution militaire. Seules des solutions politiques peuvent s’appliquer à des situations comme celle de la Libye et j’espère qu’il est encore temps de permettre la poursuite d’un processus politique. »

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La veille, la Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, mettait en garde : « Le fait de cibler intentionnellement des civils ou des objectifs civils ainsi que des attaques aveugles peuvent constituer un crime de guerre ».