Jordanie : derrière les manifestations, un ras-le-bol général

Un point d’actualité sur les événements en Jordanie, parcourue par une grogne sociale depuis début juin.

Et si les manifestations, qui ont secoué certaines grandes villes de Jordanie début juin, allaient au-delà de la « simple » grogne contre une mesure fiscale ? Pour rappel, le gouvernement jordanien, quelques jours avant, avait annoncé vouloir augmenter les impôts sur les employés d’au moins 5 % et ceux sur les entreprises de 20 à 40 % – la dernière d’une série de réformes économiques et de hausses répétées des prix des produits de base, selon le média pro-saoudien Al Arabiya. Bien mal lui en a pris ; les citoyens sont alors descendus en masse dans les rues et ils ont eu la tête du Premier ministre, Hani al-Mulki, qui a démissionné lundi dernier.

« Acte de bravoure »

Pas de quoi satisfaire pour autant les Jordaniens, qui ont vraisemblablement perdu toute confiance dans la politique. C’est ce que pense le journaliste Marwan Mouasher, du quotidien jordanien Al-Ghad, basé à Amman, la capitale du royaume. « Il s’agit d’une crise de confiance entre les citoyens et l’Etat. Ceux-ci ne se satisfont plus de la manière traditionnelle dont le pays est géré. Voilà la principale leçon à retenir pour l’Etat » selon lui. Et si la Jordanie avait connu une vague de manifestations en 2011, comme la plupart des pays arabes, force est de constater que celles « d’aujourd’hui sont suivies par des catégories plus larges de la population » estime Marwan Mouasher.

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Parmi celles-ci, notamment : une classe moyenne au bord de la crise de nerfs. C’est elle, d’ailleurs, qui a largement manifesté dans les rues depuis qu’a éclaté la grogne sociale. Les jeunes surtout. L’AFP de citer le cas de Rahmé Jaafar, 24 ans, qui travaille dans une ONG, et obligée de faire des « petits boulots » à côté pour survivre, ainsi que de son fiancé, 23 ans, chef cuisinier également rompu aux extras pour boucler les fins de mois. « Dans d’autres pays, des mouvements de contestation comme celui-ci peuvent sembler banaux, mais en Jordanie, s’opposer publiquement au pouvoir relève de l’acte de bravoure » selon la jeune femme.

Soutiens extérieurs

Mais c’est une nécessité. Car les conditions économiques et sociales ne sont pas au beau fixe, surtout pour la jeunesse ; le chômage touche plus de 18 % de la population, dans un pays où 70 % des habitants ont moins de 30 ans. Quant aux perspectives d’évolution, elles sont peu rassurantes ; la Banque mondiale évoque une « faible croissance » pour cette année par exemple. Sans parler des faibles contreparties à l’impôt – pourtant élevé selon d’autres Jordaniens interrogés par l’AFP -, l’Etat allouant trop peu de moyens, d’après eux, aux services publics comme l’éducation ou la santé. Des carences que devra combler le nouveau Premier ministre, Omar Al-Razzaz.

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En attendant, ce dernier s’est engagé à retirer le projet de loi controversé. Et devrait bénéficier d’une aide extérieure, alors qu’avait lieu, hier soir à La Mecque (Arabie saoudite), une réunion entre le royaume saoudien, les Emirats arabes unis, le Koweït et la Jordanie. Le but ? Soutenir Amman afin qu’elle sorte de la crise actuelle, a indiqué l’agence de presse saoudienne, SPA. De son côté, l’Union européenne (UE) a annoncé hier vouloir soutenir le pays à hauteur de 20 millions d’euros. Outre les prévisions économiques peu optimistes, la Jordanie fait également face à l’accueil de centaines de milliers de Syriens qui fuient la guerre, ce qui pèsent nécessairement sur les finances publiques.

Stanislas Tain

Rédacteur en chef