La signature de l’accord transitionnel aura-t-elle lieu au Soudan ?

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12.07.2019

Certains estiment que l’armée fait tout pour pérenniser son pouvoir, jusqu’à inventer de toute pièce des coups d’Etat.

Un accord de transition entre le Conseil militaire de transition, au pouvoir au Soudan, et une coalition pro-démocratie devait être signé samedi, a affirmé un haut diplomate de l’Union africaine (UA). Et ceci quelques heures seulement après que l’armée a prétendu avoir contrecarré une tentative de coup d’Etat par un groupe d’officiers.

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Voici ce qu’a affirmé Mohammed al-Hassan Labat, membre de l’UA, vendredi. L’accord de transition prévoit la mise en place d’un « Conseil souverain conjoint », qui statuera pendant un peu plus de trois ans, le temps que soient organisées des élections au Soudan. Plus globalement, il vise à sortir le pays de l’impasse politique dans laquelle il se trouve depuis le renversement du président Omar al-Bachir, en avril dernier.

Points d’achoppement

Le lieutenant-général Gamal Omar, membre du Conseil militaire de transition, a par ailleurs déclaré que la tentative de coup d’Etat a eu lieu tard jeudi, quelques jours seulement après que les militaires et la coalition pro-démocratie ont donné leur accord pour l’érection du Conseil souverain conjoint. Au moins 16 officiers militaires actifs et retraités ont été arrêtés, a-t-il également fait savoir, tandis que les forces de sécurité poursuivaient le chef du groupe, ainsi que d’autres officiers, qui ont participé à la tentative de putsch.

« La tentative de coup d’Etat a eu lieu à un moment critique, avant la signature de l’accord avec les Forces pour la liberté et le changement », a précisé Gamal Omar, membre du Conseil militaire de transition, faisant référence à la coalition des groupes politiques qui représentent les manifestants pro-démocratie.

Plus tôt cette semaine, le général Abdel-Fattah Burhan a déclaré au journal panarabe Asharq Al-Awsat que le Conseil militaire au pouvoir avait déjoué plusieurs tentatives de coup d’Etat militaire, et que des enquêtes étaient en cours pour déterminer qui était derrière eux. Ni plus ni moins qu’un « canular », pour Tarek Abdel Meguid, un dirigeant des Forces pour la liberté et le changement (DFCF), qui a affiché son scepticisme après l’annonce de Gamal Omar.

« Ils veulent dire que la situation au Soudan est très instable et qu’il y a un Etat profond avec des gens capables d’organiser un coup d’État militaire, alors nous devrions nous dépêcher de signer et de laisser tout point de divergence à discuter plus tard », a déclaré le dirigeant des DFCF à AP.

La semaine dernière, les militaires et les représentants des Forces pro-démocratie ont annoncé qu’ils étaient parvenus à un accord de partage du pouvoir. Un chef militaire doit présider le Conseil pendant les 21 premiers mois, auquel succèdera un(e) chef(fe) issu(e) de la société civile pendant les 18 mois suivant. Reste à savoir dans quelles conditions s’effectuera ce partage des tâches… s’il a lieu. Car la signature de l’accord de transition devait avoir plus tôt, cette semaine. Mais il resterait certains points d’achoppement entre les deux parties.

Ruse militaire

Selon Racha Awad, rédacteur en chef du journal soudanais en ligne Altaghyeer, l’armée ferait ainsi tout pour retarder, voire annuler, la signature de l’accord. « Je crois que les DFCF avaient déjà fait beaucoup de concessions dans cet accord, mais il semble que les militaires en attendent encore plus de leur part », explique-t-il. L’annonce du coup d’Etat avorté, d’après lui ? Une ruse des militaires contre le mouvement pro-démocratie…

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Précision importante : les deux parties se sont par ailleurs mises d’accord sur la tenue d’une enquête indépendante, sur la répression meurtrière des manifestations de Khartoum, le 3 juin dernier, par les forces de sécurité. Bilan : plus de 130 morts. Et l’armée, qui avait coupé Internet pour empêcher les manifestants de s’organiser ces dernières semaines, a accepté de rétablir les connexions. Autant de promesses qui ne devraient pas résister à l’annulation de l’accord transitionnel.