La France libère son premier ressortissant djihadiste rentré de Syrie

Arrêté en 2013 après un séjour en Syrie et condamné à 7 ans de prison fin 2014, Flavien Moreau est désormais en liberté surveillée.

L’homme, connu très tôt des forces de police, s’était radicalisé au contact d’amis et de voisins avant de rejoindre la Syrie à l’âge de 25 ans. Un périple assez court au sein d’un groupe islamiste radical, confirme Le Figaro.

Et pour cause, l’intéressé a rapidement regagné l’Hexagone où les services antiterroristes l’ont intercepté en s’appuyant sur une interview qu’il avait accordée au quotidien helvète, Le Temps, dans laquelle le djihadiste racontait son parcours “mouvementé”.

En liberté, mais à de multiples conditions

Comme le souligne le média français, « sa sortie s’accompagne de diverses obligations et interdictions. Flavien Moreau doit notamment résider à un endroit déterminé, recevoir des soins et avoir un emploi. Il lui est, en outre, interdit de détenir une arme ou de quitter le territoire sans autorisation. (Dans les faits), ces mesures dureront onze mois et dix-huit jours car elles sont assises sur les réductions de peine obtenues quand il était en détention ».

Mais ce n’est pas tout, ce dernier apparaîtra de facto au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT). Avec pour obligation de justifier son adresse tous les trois mois et déclarer tout déplacement à l’étranger pendant dix ans. Il continuera par ailleurs à “bénéficier” d’une surveillance pointilleuse des services de renseignement.

Pour rappel, la France a milité cet été pour que ses ressortissants djihadistes emprisonnés à l’étranger, notamment en Irak, ne soient pas rapatriés. Agnès Callamard, la rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, avait en effet contacté le Quai d’Orsay afin que Paris organise le rapatriement de sept ressortissants français condamnés à mort en Irak au terme de « procès inéquitables ». Dans son courrier, l’intéressée demandait également à la justice hexagonale de juger elle-même ces individus arrêtés précédemment en Syrie, puis transférés à Bagdad dans la foulée.

Paris milite tout de même pour l’application des droits de l’Homme

De son côté, le gouvernement français avait maintenu consciencieusement “sa politique de l’autruche” et invoqué la souveraineté de l’Etat irakien dans le but de se dédouaner :

« La France a une position constante s’agissant des ressortissants adultes, hommes et femmes, ayant rejoint Daech pour combattre au Levant. Ils doivent être jugés au plus près des lieux où ils ont commis leurs crimes. C’est une question de justice et de sécurité à la fois. Les autorités irakiennes savent (également) que la France est opposée, en tous lieux et en toutes circonstances, à la peine de mort, et qu’elle demande à ce que les sentences de mort ne soient pas appliquées », estimait ainsi le ministère des Affaires étrangères par le biais d’un communiqué.

Concrètement, plusieurs nations, comme la France, poussent pour que leurs vilains petits canards “restent en vie”. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, l’avait d’ailleurs fermement rappelé au mois de juin sur les ondes de RMC :

« Il y a des discussions en cours. Nous veillons à ce que la peine de mort ne soit pas applicable pour les personnes dont nous avons la responsabilité. Nous avons dit à plusieurs reprises à l’Etat irakien que la peine de mort n’est pas une solution acceptable»

Pour autant, Paris ne songe plus à rapatrier ses djihadistes “au bercail”, comme cela a pu être le cas auparavant. Et cela, au grand dam de la Maison Blanche qui ne l’entend pas de cette oreille pour ses alliés européens. Washington a en effet acté depuis le retrait de ses troupes de Syrie. Un départ provoquant de facto une redistribution des cartes militaires sur le territoire sinistré. Et un possible échappatoire pour ces terroristes.

Une stratégie irakienne bien éloignée de ces considérations 

Pour information, les geôles irakiennes accueillent actuellement plus de 500 djihadistes étrangers. Lesquels sont le plus souvent condamnés à la peine capitale, et plus rarement à la prison à perpétuité. Plus étonnant, les autorités locales ne procèdent plus à aucune exécution à l’encontre de ces individus aux origines multiples. Ce qui n’est pas le cas des prisonnier irakiens, qui eux, passent bien par cette ultime épreuve avant de rejoindre les cieux.

Si cet état de fait dénote logiquement, l’explication, elle, est on ne peut plus simple, relaie le JDD. Bagdad espère en effet les utiliser comme monnaie d’échange pour négocier avec les grandes puissances qui ont un ou plusieurs de leurs ressortissants derrière les barreaux en Irak. Le but étant « de demander des financements, des contrats ou un levier qui pourra être activé à n’importe quel moment face à l’Etat d’origine », confirme ainsi auprès du média le journaliste, Wassim Nasr, auteur du livre Etat islamique, le fait accompli.

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