L’Arabie saoudite profite-t-elle du Covid-19 pour s’extirper du dossier yéménite ?

Riyad a officialisé un cessez-le-feu unilatéral au Yémen applicable depuis jeudi 9 avril pour une durée extensible de 15 jours.

Le cessez-le-feu déclaré par l’Arabie saoudite au Yémen restera-t-il comme une courte parenthèse ou annonce-t-il un retrait définitif ? Son annonce a en tout cas surpris, alors que la dernière trêve décidée par les différentes parties au conflit – en réponse à l’appel du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres – a fait long feu, note La Croix.

Et pour cause, le “litige” opposant les rebelles houthistes, soutenus par l’ennemi héréditaire iranien, aux forces loyales au gouvernement, appuyé depuis 2015 par une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite ne finit plus de s’embourber.

Les premiers cités apparaissent dès lors comme les vainqueurs de cette joute dévastatrice, maîtres de la capitale, Sanaa, et des zones les plus peuplées du pays, souligne de son côté Le Monde.

Un conflit ruineux

Dans les faits, « les houthistes s’en tiennent à une vague proposition de plan de paix, publiée mercredi avant l’annonce de cessez-le-feu, qui implique la reconnaissance de fait de leur domination sur le Yémen par la partie saoudienne. Or le royaume protège toujours le gouvernement officiel en exil du président Abd Rabbo Mansour Hadi, isolé à Riyad à la tête d’un Etat vidé de sa substance.

Accéder aux conditions des houthistes reviendrait pour les Saoudiens à s’avouer vaincus, une concession qu’ils ne peuvent se permettre. Pour autant, ce dossier s’avère particulièrement ruineux pour (le géant pétrolier) qui pourrait voir dans la pandémie, un moyen de transformer enfin leur échec militaire yéménite en sortie honorable », poursuit le média

Il est d’ailleurs bon de rappeler que cette guerre civile piétine chaque jour un peu plus les droits de l’Homme, relaie La Tribune de Genève. Si les morts ne se comptent plus (plusieurs dizaines de milliers), les survivants eux semblent avoir perdu tout espoir de lendemain plus lumineux. A commencer par les enfants en première ligne dans ce drame humain tristement singulier qui comprend également plusieurs offensives régulières de groupes djihadistes comme Al-Qaïda ou encore l’Etat islamique.

Une vague de dépression chez les jeunes Yéménites 

Concrètement, l’ONG “Save the Children” confirme que « les enfants sont terrifiés et ont trop peur de jouer dehors. Pire, (ces derniers) mouillent leurs draps quand ils entendent des avions au-dessus d’eux ou des bombes tomber ».

Mais ce n’est pas tout, d’après cette enquête sondant des jeunes âgés de 13 à 17 ans dans les provinces sudistes d’Aden, Lahj, et Taëz , « environ un enfant sur cinq déclare avoir toujours peur et de la peine. (Parallèlement), 52% avouent ne pas se sentir en sécurité lorsqu’ils ne sont pas avec leurs parents et 56% lorsqu’ils marchent seuls dehors ».

Au final, « 10,3 millions d’enfants sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 2,1 millions souffrent de malnutrition aiguë, selon l’ONU. Sachant que près de 1,2 million d’enfants sont tombés malades du choléra, de la diphtérie ou de la dengue au cours des trois dernières années ».

La menace Covid-19 en ligne de mire

Au-delà ce triste constat vient malheureusement se greffer une autre problématique toute aussi épineuse, mais invisible cette fois : le risque de diffusion sur le territoire du nouveau coronavirus.

Si Sanaa n’a officialisé qu’un seul cas pour le moment, nul doute que la prolifération du Covid-19 pourrait engendrer d’insolubles problèmes humanitaires et logistiques pour les services de santé locaux et internationaux.

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