En Arabie saoudite, il n’y a que l’économie qui s’ouvre

Le nombre de touristes devrait croître de 5,6 % par an, passant de 17,7 millions l’an dernier à 23,3 millions en 2023.

Comme le résume Bloomberg« on est loin du plein essor, mais les choses commencent enfin à s’améliorer » pour l’Arabie saoudite. Il s’agit là, bien entendu, d’économie, et non de droits humains (au hasard). Selon l’agence américaine spécialisée dans l’information économique et financière, le « krach pétrolier de 2014 », qui avait frémir les finances publiques saoudiennes, s’apprête à devenir un mauvais souvenir. « Les prêts bancaires aux entreprises privées ont augmenté au dernier trimestre […] et la jauge de l’activité économique s’est améliorée en un an. Les dépenses de consommation ont également progressé », notent par exemple les analystes.

Excédant

Mieux encore : si l’Arabie saoudite demeure le « premier exportateur mondial de pétrole », le principal moteur de la création d’emplois devient le secteur hors hydrocarbures. Bonne nouvelle, alors que, selon l’agence Bloomberg, « le prince héritier Mohamed ben Salman tente de réformer l’économie », à travers son vaste plan intitulé Vision 2030, qui vise à décorréler croissance et pétrole. Et tant pis si le chômage se maintient à 12 ou 13 % (de la population saoudienne) depuis de nombreuses années ; les données « commencent à brosser un tableau légèrement plus positif », estime Khatija Haque, responsable Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Emirates NBD, la plus grande banque de Dubaï.

« Le PIB « hydrocarbures », principal moteur historique de l’économie, a connu, d’après les premiers chiffres du FMI, une croissance de 2,2 % en 2018. Le PIB « hors hydrocarbures » a connu une croissance de 2,3 % en 2018, toujours selon le FMI. Une reprise par rapport à 2017 (+1,1 %) mais largement en deçà des niveaux atteints les années précédentes. » Direction générale du Trésor, « Situation économique et financière de l’Arabie saoudite ».

Le ton est à peu près le même du côté des agences de notation. Ainsi, pour Moody’s, le bilan du gouvernement saoudien reste « robuste », malgré la fluctuation des prix du pétrole depuis trois ans, et la situation budgétaire du royaume « stable »« L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, met en œuvre une série de réformes pour repenser son économie et réduire sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. [Ses finances ont] affiché un excédent de 27,8 milliards de riyals [environ 7 milliards d’euros, ndlr] au premier trimestre de cette année. Son premier depuis 2014, grâce aux revenus pétroliers et non pétroliers », précise l’agence de notation américaine.

Décapité

Si Riyad connaîtra probablement un léger essoufflement de sa croissance en 2019, selon le FMI (1,8 %), la création de richesses non pétrolière devrait continuer d’augmenter cette année (2,3 %). En particulier dans le secteur du tourisme, l’un des piliers de la « vision » économique du prince héritier, qui cherche coûte que coûte à attirer le badaud. Ainsi, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme – qui, comme son sigle en anglais (WTTC) l’indique, laisse toute sa place au business -, l’attractivité du royaume devrait lui rapporter quelque 71 milliards de dollars (64 milliards d’euros). Et les « arrivées internationales » devraient croître de 5,6 % par an, passant de 17,7 millions l’an dernier à 23,3 millions en 2023.

Peu importe si le « tourisme religieux » – l’Arabie saoudite gérant jalousement plusieurs lieux saints de l’islam sunnite, comme La Mecque – se taille la part du lion. Le prince héritier est en train de gagner son pari, en diversifiant les ressources de l’Etat et en attirant l’étranger chez lui. Note pour ce dernier, toutefois : le royaume saoudien a beau briquer son image à l’international – en organisant par exemple le rallye automobile du Dakar -, il n’en demeure pas moins un pays où l’on peut être décapité, voire crucifié en public, au terme de procès « iniques », selon certaines ONG de défense des droits humains. Et où les femmes ont le droit de conduire depuis un an seulement… A quand une réelle ouverture des mœurs, après celle de l’économie ?