La résolution de la crise en Libye doit se faire « par et pour les Libyens »

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14.01.2019

Selon l’ONU, « 80 % des Libyens insistent sur la tenue des élections, fatigués de l’aventurisme et des manœuvres politiques ».

Sept ans après le début de la guerre civile en Libye, il serait peut-être temps de s’emparer sérieusement du dossier. Avec humilité. Les tentatives, tour à tour, de la France et de l’Italie, l’an dernier, ont démontré, une fois encore, qu’il était bien difficile de s’immiscer dans les affaires d’un Etat. Difficile et, en réalité, piégeux. Le président français, Emmanuel Macron, voulait des élections fin 2018 ? Il s’est heurté au mur de la réalité. Celui qui trace une frontière de fait entre l’ouest, dirigé par le gouvernement d’union nationale – reconnu par les Nations unies (ONU) -, et l’est, contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar. Avec, de part et d’autre, un maillage de groupuscules djihadistes. Et des champs de pétrole.

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Pourtant, selon le chef de la Mission d’appui de l’ONU en Libye (MANUL), Ghassan Salamé, « 80 % des Libyens insistent sur la tenue des élections, fatigués qu’ils sont de l’aventurisme et des petites manœuvres politiques ». Celles-ci intéressant majoritairement les ressources pétrolières du pays, dont les deux camps veulent se partager les revenus à parts égales – soit, en 2018, 4 milliards de dollars. L’or noir (notamment), c’est vraisemblablement ce qui a motivé Paris et Rome, grandes amatrices de brut libyen, à s’investir pleinement dans le dossier pour tenter de résorber la crise. Mais leur empressement et, manifestement, leur mauvaise connaissance des (en)jeux politiques, de ce côté de la Méditerranée, les ont menées à l’impasse.

Conférence et élections

Pire, « il y a quelque chose de méprisant dans le fait de demander aux Libyens d’organiser des compétitions électorales dans ces conditions », affirmait l’an dernier Moncef Djaziri, enseignant-chercheur spécialiste de la Libye, dont Le Monde arabe publie une tribune rédigée en mai 2018, mais plus que jamais d’actualité. Selon lui, « il y a une erreur de méthode pour sortir la Libye de la crise. Et cette méthode repose sur le postulat implicite qu’il suffit d’organiser des élections pour que tous les problèmes soient résolus. C’est une erreur, car la réussite des élections requiert des conditions préalables, en particulier une pacification du pays. » Raison pour laquelle la communauté internationale doit veiller à la « démilitarisation des milices », notamment, pour créer « un système sécuritaire unifié ».

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Ensuite, seulement, les autorités libyennes, de l’ouest comme de l’est, ainsi que les Nations unies, pourront commencer à évoquer la tenue de scrutin. Et la résolution politique de la crise. D’après Ghassan Salamé, « les Libyens veulent avancer avec la Conférence nationale, qui doit se tenir dans les premières semaines de 2019, pour avoir un processus électoral au printemps 2019 ». Résultat de quelque 77 réunions préparatoires à travers tout le pays, la conférence doit servir de « plateforme pour donner la voix au peuple libyen ». Elle sera menée, assure-t-on du côté de l’ONU, « par et pour les Libyens ». En d’autres termes : merci aux puissances internationales, quelles qu’elles soient, de laisser les Libyens maîtres de leur destin. Avec, éventuellement, l’appui des Nations unies…