Syrie : « Nous avons besoin d’un vrai cessez-le-feu »

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14.02.2018

Le Conseil de sécurité de l’ONU statuera bientôt sur un nouveau projet de trêve humanitaire.

C’est un paradoxe qui en dit long. Depuis que les Nations unies (ONU) ont appelé, le 6 février dernier, à une cessation immédiate des hostilités en Syrie – l’aviation syrienne, aidée par la Russie, pilonne les positions rebelles dans la province d’Idlib (nord-ouest) et dans la Ghouta orientale (à l’est de Damas) -, la situation s’est aggravée et plusieurs centaines de personnes ont perdu la vie, comme l’a récemment indiqué le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Ceci alors que ces deux régions sont comprises dans les « zones de désescalade » fixées en septembre dernier lors de la conférence d’Astana.

« Toutes les lignes rouges ont été franchies »

« L’escalade est la plus cruelle pour les civils, partout en Syrie. Nous assistons à certains des pires combats de tout le conflit, avec des rapports faisant état de centaines de morts et de blessés parmi les civils, de déplacements massifs et de destruction d’infrastructures civiles, y compris des installations médicales » a ainsi alerté lundi le coordinateur de l’ONU pour la Syrie, Ali al-Zaatari. Quelques jours avant, l’Organisation syrienne des droits de l’Homme (OSDH), de son côté, déclarait qu’il s’agissait du bilan humain « le plus élevé », en un laps de temps aussi court, depuis le début du conflit en Syrie, il y a bientôt sept ans.

Présent hier à Paris pour s’entretenir avec le premier conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Abdulrahman Almawwas, le vice-président des « casques blancs » de la défense civile syrienne, a fortement incité la France à augmenter la pression sur les principaux acteurs du conflit, afin que cessent les combats en cours. « Il est temps de prendre des mesures concrètes plutôt que de se contenter de parler de ‘‘lignes rouges’’ » a-t-il déclaré, faisant référence au point de non-retour fixé par le chef de l’Etat – l’utilisation avérée par le régime d’armes chimiques -, au-delà duquel une intervention en Syrie serait inévitable. Car pour lui, « toutes les lignes rouges ont été franchies ».

« Souffrance humaine intolérable »

C’est ce que pense également Marie Peltier, historienne spécialiste de la Syrie, qui pointe du doigt l’inertie ambiante en Syrie. « Les attaques chimiques se sont multipliées [et] toutes les preuves factuelles ont été recueillies par des ONG et des activistes », mais à l’arrivée, aucune réaction de la part de la France. « Emmanuel Macron dit à la fois que ‘‘le départ d’Assad n’est plus un préalable’’ et annonce que si la fameuse « ligne rouge » est franchie, il agira en conséquence – mais sans passer aux actes. Cette position ambivalente traduit une volonté à peine cachée de la France de se tenir en retrait de ce conflit » selon elle.

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Si Abdulrahman Almawwas a reconnu que Paris ne disposait pas d’une grande marge de manœuvre, il n’en a pas moins rappelé que « nous avons besoin d’un vrai cessez-le-feu pour ensuite discuter d’une solution politique, quand toutes les armes se seront tues ». Même son de cloche chez Ali al-Zaatari, qui a lancé, dans son communiqué publié lundi, « un nouvel appel à toutes les parties et à tous ceux qui ont une influence sur elles, pour qu’elles nous écoutent, nous et la population touchée : mettez fin à cette souffrance humaine intolérable. »

« Facteur d’immobilisme »

Selon l’ONG internationale Care, effectivement, « la situation [dans le pays] est terrible, c’est du jamais vu ». Dans la Ghouta orientale, notamment, « assiégée depuis 2012 par les forces gouvernementales […] les populations souffrent du durcissement du siège et de l’intensification des frappes aériennes. » Si ces dernières continuent, a par ailleurs alerté Joelle Bassoul, la porte-parole de Care pour la crise syrienne, « nous serons comme des pompiers essayant d’éteindre les flammes à un endroit, alors qu’il y a deux, trois, quatre autres départs de feu. »

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Aujourd’hui, plus de 13 millions de Syriens ont besoin d’une aide humanitaire, dont les 6 millions qui ont été déplacés à l’intérieur du pays depuis le début de la guerre, qui a déjà fait plus de 340 000 morts. Lundi dernier, de nouvelles négociations ont débuté à New-York autour d’un projet de cessez-le-feu de 30 jours présenté par la Suède et le Koweït, mis aux voix au Conseil de sécurité très prochainement. Certains de se demander si la Russie, qui a déjà utilisé à onze reprises, ces six dernières années, son veto pour protéger son allié syrien, bloquera ou non l’action. « L’ONU, reconnait Marie Peltier, a plutôt été, depuis le début du conflit, un facteur d’immobilisme. »