Soudan du Sud : « Nous savons que les plus grands défis sont à venir »

Les deux parties au conflit sud-soudanais, qui ont signé un accord de paix, doivent regagner la confiance de l’autre estime David Shearer.

Preuve de l’extrême sensibilité du dossier sud-soudanais, les parties au conflit ont dû signer un accord pour « revitaliser » l’accord de paix de 2015. Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, et le chef rebelle Riek Machar (ancien vice-président) ont paraphé, mercredi dernier à Addis Abeba (Ethiopie), un texte présenté comme la « dernière tentative » pour mettre fin à cinq années de guerre civile dans le pays. « Les yeux du monde entier sont tournés vers nous, alors que les dirigeants du Sud-Soudan s’engagent aujourd’hui à faire pression en faveur de la réconciliation et d’une paix durable dans leur pays » a déclaré le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, juste après la signature du document. Saluée, également, par David Shearer, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies (ONU) et chef de la Mission onusienne au Soudan du Sud (UNMISS), qui a pris la parole lors de la cérémonie.

« Bien qu’il s’agisse d’un seul pas sur la voie d’une paix durable, c’est celui qui jette les bases de tout ce qui doit suivre. Pour celles et ceux d’entre nous qui voient de leurs propres yeux les âpres combats sur le terrain et rencontrent ceux qui souffrent le plus, nous n’aurions pas cru, il y a trois mois, que nous en serions là. Mais nous savons aussi que les plus grands défis sont encore à venir. » David Shearer, chef de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud.

En 2013, deux ans après avoir déclaré son indépendance du Soudan, le Soudan du Sud, plus jeune Etat du monde, s’enlise dans la guerre après qu’ont éclatés des combats au sein de l’armée sud-soudanaise, affaiblie par les dissensions politico-ethniques portées par la rivalité entre Savla Kiir et Riek Machar, alors à la tête du régime. Depuis, les affrontements entre les deux parties ont fait des dizaines de milliers de morts, contraint à l’exil plus de 2 millions de Sud-Soudanais, menacé de famine des millions d’habitants. Et empêchent les humanitaires d’agir efficacement à l’intérieur du pays. Chris Trott, le représentant spécial du Royaume-Uni – qui fait partie, avec les Etats-Unis et la Norvège, de la troïka, chapeautant, avec les puissances régionales et internationales, le processus de paix sud-soudanais – pour le Soudan et le Soudan du Sud, de rappeler, mercredi dernier, que 13 travailleurs humanitaires étaient morts cette année dans le pays.

« Situation économique désastreuse »

Depuis le début de la guerre, d’après les Etats-Unis, 107 humanitaires et 13 journalistes ont été tués. Le 15 août dernier, le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) reconnaissait à ce titre que « la violence à l’encontre du personnel et des biens demeure la contrainte d’accès la plus fréquemment signalée, et souvent la plus grave, à laquelle sont confrontés les partenaires sur le terrain. L’ingérence dans les opérations humanitaires […] a également fait l’objet d’un examen plus approfondi afin de démontrer l’environnement opérationnel toujours difficile dans lequel les humanitaires travaillent pour aider les personnes dans le besoin. » Durant le premier semestre 2018, près de 400 incidents empêchant l’aide humanitaire ont ainsi été répertoriés. Dûs, parfois, à l’obstruction quasi-systématique opposée par les autorités sud-soudanaises elles-mêmes.

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Selon David Shearer, « l’ONU et la communauté internationale devront [par conséquent] jouer leur rôle en contribuant à de véritables activités de réconciliation et de consolidation de la paix. » Ce qui ne doit pas empêcher les parties de démontrer une certaine « volonté politique collective » afin de gagner cette paix. Dont « l’ingrédient clé qui manque encore » n’est autre que « la confiance » estime le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU. « Les signataires de l’accord sont d’anciens amis et ennemis. D’après mes discussions avec les parties, la suspicion est bien présente. Il nous incombe à tous d’encourager la confiance entre les parties » a-t-il indiqué. Seul critère capable, selon lui, de pacifier le Soudan du Sud. Et de « permettre au pays de passer de sa situation économique désastreuse actuelle à un environnement qui attire l’investissement et le développement. »

« Unité de notre peuple »

D’après un récent communiqué de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le jeune pays affronte depuis la fin de 2017 « d’importants défis macroéconomiques, illustrés par la montée en flèche du taux de change parallèle, la diminution des réserves de devises étrangères, ainsi que des taux d’inflation élevés et croissants ». Plusieurs régions du pays ont d’ores et déjà signalé des pénuries de carburant, entrainant une « forte hausse des prix sur le marché parallèle » ; au cours des 12 derniers mois, les prix de la plupart des intrants agricoles – les produits nécessaires au bon fonctionnement d’une exploitation, comme les pesticides par exemple – ont bondi pour atteindre « plus du double de leur niveau de l’année précédente ». Tout ceci concourant à « entrainer un ralentissement de la croissance économique en 2018 » estime l’organisation onusienne.

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Il y a donc urgence, selon tous les observateurs internationaux, à rétablir la paix au Soudan du Sud. Des signes encourageants, ces derniers mois, ont d’ailleurs été enregistrés. Au début du mois d’août, les deux parties ont par exemple réussi à s’entendre sur la formation d’un gouvernement d’unité nationale, Riek Machar reprenant alors sa place de vice-président ; le 7 juillet dernier, l’armée sud-soudanaise et les rebelles ont signé un cessez-le-feu permanent, et validé le retrait des troupes des zones urbaines. « L’accord signé aujourd’hui doit tracer la voie pour mettre fin au conflit et à la guerre dans notre pays. Nous devons œuvrer à l’unité de notre peuple » avait d’ailleurs déclaré le chef de l’Etat, Salva Kiir. Malheureusement, « des opérations militaires ont eu lieu depuis la signature du cessez-le-feu le plus récent » a fait savoir Chris Trott.

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Stanislas Tain

Rédacteur en chef