La coalition arabe au Yémen durcit le ton

|
15.05.2018

Les forces pro-gouvernement poursuivent leur avancée le long de la côte ouest et promettent des affrontements avec les Houthis.

Un commandant de la coalition arabe au Yémen a annoncé hier le lancement d’ « opérations militaires à grande échelle » vers la ville portuaire d’Al Hudaydah, à l’ouest de Sanaa, sur les bords de la Mer Rouge. Dans une déclaration à l’agence de presse officielle des Emirats arabes unis (EAU), WAM, le brigadier Abdul Salaam al-Shehi a déclaré que cette initiative « s’appuyait sur la dynamique militaire et les progrès réalisés à l’ouest du gouvernorat de Ta’izz ». La cité et ses environs faisaient partie des cibles de longue date de la coalition emmenée par l’Arabie saoudite contre les rebelles Houthis.

Lire aussi : 13 ONG internationales condamnent les récentes frappes aériennes au Yémen

L’an dernier, celle-ci avait déjà annoncé son intention d’avancer sur Al Hudaydah, deuxième province la plus peuplée du Yémen, mais avait dû reculer face à la forte pression internationale. Les Nations unies (ONU) avaient notamment averti que toute attaque contre le plus grand port du pays aurait un impact « catastrophique ». Cette nouvelle tentative – qui devrait épargner, selon le responsable militaire, les zones densément peuplées à proximité – s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre l’Arabie saoudite et l’Iran, opposés par procuration dans un conflit au Yémen depuis mars 2015.

« Perdu leurs sites »

La semaine dernière, des milliers de combattants soutenus par les EAU – dont l’armée terrestre évolue davantage dans le sud du pays, là où les Saoudiens disposent des airs – ont ainsi avancé sur les lignes de front au sud d’Al Hudaydah, à 120 kilomètres environ du port de la ville, selon des responsables locaux. Le but, selon Abdul Salaam al-Sheshi ? « Vaincre les milices Houthis soutenues par l’Iran afin d’achever la libération et de sécuriser la côte de la Mer Rouge. » La coalition arabe ayant fait des progrès le long du littoral depuis qu’elle est intervenue dans la guerre civile il y a trois ans.

Lire aussi : Par où commencer au Yémen ?

« Toute la résistance nationale yéménite participe aux opérations avec la participation effective des forces soudanaises, avec un moral élevé et une harmonie et une coordination complètes » a ajouté le responsable militaire. Qui a également précisé que les rebelles avaient « perdu leurs sites et fui les champs de bataille en groupe, laissant leurs équipements, leurs armes et leurs cadavres après que la coalition et les forces de résistance ont pris le contrôle de sites stratégiques et coupé leurs lignes d’approvisionnement. »

Aide humanitaire

Les Saoudiens et leurs alliés soupçonnent en effet les Houthis de recevoir des cargaisons d’aide – militaire notamment, comme les missiles tirés à plsueiurs reprises déjà vers Riyad – en provenance de l’Iran, ce que Téhéran comme les rebelles ont nié. De leur côté, les opposants au président Abd Rabbo Mansour Hadi prétendent avoir tué des dizaines de forces gouvernementales et leurs alliés, a rapporté Reuters. Qui affirme qu’ils se préparent ainsi à repousser toute avancée. En revanche, aucune information sur un éventuel soutien – ou laisser-faire – des alliés occidentaux de l’Arabie saoudite.

Lire aussi : L’ONU va renforcer ses contrôles de navires humanitaires à destination du Yémen

Ces derniers sont, depuis plusieurs semaines, dans le viseur de plusieurs organisations internationales, au premier rang desquelles Amnesty International, pour leurs ventes d’armes aux Saoudiens, qui pourraient avoir tué des civils yéménites – Riyad étant par ailleurs accusée de bombarder de manière indistincte populations militaire et civile. Un conflit ouvert à Al Hudaydah rendrait également très difficile l’acheminement de l’aide humanitaire au Yémen, où entre 7 et 8 millions de personnes souffrent de famine et 10 000 personnes ont déjà été tuées en un peu plus de trois ans.

Stanislas Tain

Rédacteur en chef