Bébés décédés en Tunisie : de l’hypocrisie du féminisme tunisien

Ce scandale met en lumière l’état lamentable de la santé publique, dont pâtissent les femmes qui n’ont pas accès aux soins privés.

12 bébés ont trouvé la mort, à l‘hôpital La Rabta de Tunis, à la suite d’un « choc septique » causé par une infections du sang. L’information a été donnée par le ministère de la Santé, samedi dernier, avant que le ministre, Abderraouf Cherif, ne démissionne face au tollé suscité. Tandis que les premiers constats « s’orientent vers une infection nosocomiale sévère », selon sa remplaçante par intérim, Sonia ben Cheikh, l’enquête poursuit son cours, dans cette affaire qui a d’ores et déjà choqué la société tunisienne, qui a rapidement crié au scandale et pointé du doigt la défaillance du système sanitaire en Tunisie. Un hashtag, « Balance ton hôpital », a même vu le jour.

Médiocrité des services

Sur les réseaux sociaux – Twitter en particulier -, les citoyens ont également tiré à boulets rouges sur le ministère de la Santé, en apprenant que les bébés mort-nés avaient été remis à leurs parents dans des boites en carton… Certains n’ont pas hésité à souligner le caractère indigne de cette méthode, face à des parents totalement désemparés, que les nourrissons aient perdu la vie à cause d’une négligence due à des produits périmés – ce que le responsable du comité d’enquête réfute – ou à une mauvaise manipulation de la part du personnel.

La démission du ministre de la Santé n’enlève rien au drame, et ne reluit aucunement l’image des hôpitaux tunisiens, qui ne cesse de se dégrader. « Tout le secteur de la santé est dans un état d’urgence ! […] Il y a des problèmes dans ce secteur ! Les professionnels ont lancé 20 000 fois des cris d’alarme ! », a d’ailleurs reconnu Mme Ben Cheikh lors d’un point presse, le 12 mars dernier. Cette dernière d’ajouter que les responsables devaient « être mis devant [leurs] responsabilités ».

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Ce n’est pas la première fois qu’un scandale éclate dans le secteur sanitaire, en Tunisie, gangréné par la corruption, et dont la mafia médicale ne cesse de profiter. La détresse des hôpitaux publics n’induit-elle pas le succès des cliniques privées et, partant, l’enrichissement d’un petit nombre ? La révolution semble ne rien avoir changé à ces abus et le citoyen lambda a toujours du mal à se soigner en Tunisie. A cause de la médiocrité des services – le personnel étant très souvent en sous-effectif – comme de la pénurie de médicaments ou une sécurité sociale à la peine.

Femme libre et émancipée

Cela étant, le plus étonnant n’est pas la réaction de la ministre par intérim, à deux doigt de renier toute responsabilité médicale dans le décès des bébés – et qui a défendu bec et ongle l’appareil sanitaire sans tenir compte de la souffrance des familles des victimes. C’est surtout le silence assourdissant des associations dites « féministes » et des fervents défenseurs des droits de la femme, qui se félicitaient il y a quelques mois de la loi sur l’égalité d’héritage, considérant celle-ci comme un pas de plus pour les libertés des femmes en Tunisie. 

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Celles qui vivent en milieu rural, ne bénéficient pas de services optimaux pour se soigner, n’ont pas grand chose à faire d’une telle loi, tout comme les mères des nourrissons décédés il y a quelques jours. C’était, pour rappel, le 9 mars, soit le lendemain de la journée internationale de la femme. Dont le marketing ne cesse d’étonner, en Tunisie, où l’on passe trop souvent à côté de l’essentiel, pour se focaliser sur les « détails » qui font l’image d’une femme libre et émancipée. Ce qu’elle est peut-être dans les grandes agglomérations, mais sûrement pas dans les milieux ruraux.

Là-bas, les femmes n’ont pas le luxe pour seule lubie. Elles désirent au moins un endroit propre où se soigner, donner la vie et se remettre de leurs émotions, dans le respect et la dignité. L’oubli et le mépris des droits de la femme, en Tunisie, sont causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ; le drame de la Rabta, mépris pour la femme tunisienne. Dont le combat pour la reconnaissance se passe de classes sociales.

 

Crédits photo : Zoubeir Souissi/Reuters