Liban : le Hezbollah sort fragilisé des législatives

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16.05.2022

Les élections de dimanche étaient les premières depuis qu’une crise économique dévastatrice a éclaté en octobre 2019.

Le groupe militant libanais Hezbollah et ses alliés semblent avoir subi des pertes lors des élections législatives de ce week-end. Les résultats préliminaires de lundi montrent que leurs principaux adversaires ont obtenu davantage de sièges et que certains de leurs partenaires traditionnels ont été expulsés de la législature.

Malgré ce revers apparent, le Hezbollah et son principal allié chiite, le groupe Amal du président du Parlement, Nabih Berri, devraient conserver leurs 27 sièges. Il n’était toutefois pas clair si le groupe soutenu par l’Iran et ses alliés allaient s’accrocher à la majorité qu’ils détiennent depuis 2018, lorsqu’ils avaient 71 des 128 sièges du Parlement.

Défis énormes

Dans le même temps, les indépendants, y compris ceux du mouvement de protestation de 2019, ont remporté au moins 10 sièges, une réussite majeure compte tenu du fait qu’ils se sont présentés au vote divisés, et confrontés à des intimidations et des menaces de la part des partis traditionnels bien établis. Ces résultats envoient un message fort aux politiciens de la classe dirigeante qui se sont accrochés à leurs sièges malgré un effondrement économique dévastateur qui a plongé la majorité du pays dans la pauvreté.

Ce résultat mitigé garantit un Parlement fortement polarisé, avec des députés qui auront probablement du mal à travailler ensemble pour adopter les lois nécessaires afin d’amorcer la reprise financière et soutenir un gouvernement confronté aux énormes défis qui l’attendent.

Le Premier ministre, Najib Mikati, qui espère revenir à la tête d’un gouvernement post-électoral, a exhorté les groupes et les indépendants qui seront représentés au nouveau Parlement à agir rapidement « car ce que nous traversons ne peut supporter les querelles (politiques) au détriment des priorités ».

M. Mikati faisait apparemment référence aux consultations qui devraient débuter prochainement pour désigner un nouveau Premier ministre, dont la principale mission sera de négocier avec le Fonds monétaire international afin de sortir le Liban d’une crise économique paralysante. Le corps législatif devra rédiger puis adopter de nouvelles lois, comme sur le contrôle des capitaux, pour permettre au « pays du Cèdre » de se sortir du marasme global. Signe des difficultés à venir, la valeur de la livre libanaise a chuté de 3 % lundi, atteignant 28 300 pour un dollar américain.

Menaces

Alors que le dépouillement des votes n’est pas encore terminé, les résultats officieux montrent que l’allié chrétien du Hezbollah, le Courant patriotique libre fondé par le président Michel Aoun, perd du terrain face à ses rivaux chrétiens traditionnels, les Forces libanaises de droite dirigées par Samir Geagea. Quant à l’Association libanaise pour les élections démocratiques, elle a déclaré que ses membres avaient été menacés et attaqués par plusieurs groupes, principalement dans les zones contrôlées par le Hezbollah et Amal.

Les élections de dimanche, étroitement surveillées, étaient les premières depuis qu’une crise économique dévastatrice a éclaté au Liban en octobre 2019, déclenchant des manifestations dans tout le pays contre la classe dirigeante accusée de décennies de corruption et de mauvaise gestion.

L’effondrement a été exacerbé par la pandémie et l’explosion du port de Beyrouth, en août 2020, qui a tué plus de 200 personnes, en a blessé des milliers et a détruit des parties de la capitale libanaise. L’explosion, largement imputée à la négligence des autorités, a été déclenchée par des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium mal stockées qui se sont enflammées dans un entrepôt portuaire.

Le taux de participation a été estimé à 41 %, soit moins que les 49 % enregistrés lors des dernières élections. Les résultats officiels devraient être annoncés plus tard.

 

Crédits photo : Des combattants du Hezbollah lors d’une parade militaire (Wikimedia Commons).

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