Bahreïn : le gouvernement toujours aussi « laxiste » dans le traitement de ses prisonniers politiques

La dictature sunnite ne ménage décidément pas les « fauteurs de troubles ».

L’ONG internationale, Human Rights Watch (HRW), et l’Institut bahreïnien pour les droits et la démocratie (BIRD), sont une nouvelle fois montés au créneau pour dénoncer la politique de Manama vis-à-vis de ses opposants.

Selon HRW, « deux activistes emprisonnés, ainsi que les membres des familles de quatre militants de l’opposition également incarcérés, ont en effet déclaré que les autorités pénitentiaires refusaient arbitrairement aux six détenus des soins médicaux urgemment requis. Ces derniers purgeant des peines de prison en raison de leur rôle important dans les manifestations en faveur de la démocratie ayant débuté en 2011 ».

Une très mauvaise habitude 

Une tendance qui n’est pas sans rappeler la triste jurisprudence Nabil Rajab, du nom de ce dissident farouchement opposé à la guerre au Yémen dans laquelle le Bahreïn occupe une place non négligeable au côté de son allié saoudien. Une prise de position du militant chiite qui lui vaut depuis une véritable descente aux enfers.

Et pour cause, déjà condamné à deux ans d’emprisonnement en juillet 2017 pour « propagation de rumeurs et de fausses nouvelles lors d’interviews télévisées hostiles au pouvoir », l’intéressé a malheureusement vu sa condamnation à cinq ans de prison dans une autre affaire définitivement entérinée par la Cour suprême.

Concrètement, ce coup de poignard judiciaire porte sur des tweets de Rajab dénonçant la guerre au Yémen et des cas présumés de torture à Bahreïn. Il lui est en outre reproché « d’avoir accusé un pays voisin », à savoir l’Arabie saoudite qui mène actuellement une lutte d’influence meurtrière contre l’Iran sur le territoire yéménite. Sans surprise, ce jugement porte le sceau de la solidarité diplomatique.

La société civile crie au scandale

Dans la foulée, les proches de ce martyre n’ont pas manqué de conspuer une décision en totale inéquation avec les droits de l’Homme. C’est le cas de son cousin et compagnon de lutte, Maytham al-Salman, dont les propos recueillis par RFI mêlent tristesse et incompréhension.

« Nabil Rajab mérite une récompense pour avoir appelé à la fin de la guerre au Yémen. A présent, il restera en prison… à part si la communauté internationale décide de faire pression sur (le gouvernement) pour obtenir sa libération. Je pense que la communauté internationale doit prendre des mesures concrètes contre les violations des droits de l’Homme. Il est déplorable qu’il y ait des doubles mesures à ce sujet. »

Un traitement de faveur en prison

Dans les faits, il s’agit d’un sérieux coup de massue pour Rajab qui vit un triste calvaire dans les geôles du pays. Selon l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), l’Etat interférerait en effet régulièrement dans le traitement médical suivi par l’opposant, dont la santé lui a valu plusieurs séjours à l’hôpital ces dernières années. Sa vie ne tiendrait même qu’à un fil, fustige de son côté la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH).

Qui ajoute que Rajab – intimement lié au Printemps arabe par ses actions contestataires – n’est qu’un exemple de plus de la répression en règle sur le territoire consistant à « emprisonner, torturer, intimider, déchoir de leur nationalité ou forcer à l’exil de nombreuses personnes s’étant opposées pacifiquement ou ayant critiqué la politique (étatique) ».

Pour rappel, Bahreïn est régulièrement accusé de mener des actions discriminatoires à l’encontre de la communauté chiite établie dans le royaume. Rajab a notamment milité à plusieurs reprises pour que cette dernière bénéficie d’une meilleure représentation au Parlement.

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