COP25 : la planète meurt et courent toujours les pollueurs

Après deux semaines de palabres, la Conférence climatique présidée par le Chili a accouché d’une souris. Comme prévu ?

40 heures de retard, un accord minimal, aucune avancée digne de ce nom. Voilà un bon résumé de la COP25 (25ème Conférence des Nations unies sur le climat), qui se tenait jusqu’à dimanche 15 décembre à Madrid (Espagne). Dont l’objectif, pour rappel, était de contraindre les pays à prendre des mesures concrètes pour gérer le dérèglement climatique. Qui n’en finit plus de ronger la planète et les êtres qui la peuplent. Résultat : les Etats, incapables de revoir à la hausse leurs engagements à diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES), ont prouvé, une nouvelle fois, que l’écologie devait baisser son froc face à l’économie. Le slogan de la Conférence était « Time for Action » ? On repassera plus tard.

« La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande », a déploré le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, ajoutant : « Nous ne devons pas abandonner. » « Cette COP25 s’achève sur un résultat mitigé, bien en deçà du niveau d’ambition auquel la science nous appelle. Grâce à une alliance progressiste de petits Etats insulaires et de pays européens, africains et latino-américains, nous avons arraché le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs », a de son côté estimé Laurence Tubiana, l’architecte de l’accord de Paris sur le climat, adopté en 2015.

L’Arabie saoudite pointée du doigt

De fait, selon la ministre de l’Environnement chilienne, Carolina Schmidt, 73 pays, dont le Maroc par exemple, se sont engagés à présenter, avant la fin de l’année prochaine, des plans climatiques plus ambitieux, afin de réduire leurs émissions carbones d’ici 2030. Soit 5 pays de plus que ceux composant la liste annoncé lors du sommet pour le climat onusien de septembre dernier. 73 pays (pas forcément les mêmes), par ailleurs, se sont engagés à atteindre la « neutralité carbone » – équilibre entre les émissions de GES d’origine humaine et leur retrait par l’Homme – d’ici 2050. Deux bonnes nouvelles qui ne doivent pas faire oublier que ces Etats ne représentent, selon le think tank américain World Resources Institute, que 10,5 % des émissions mondiales de CO2.

Parmi les grands pollueurs de la planète, l’Arabie saoudite, le Brésil, la Chine et l’Australie ont été particulièrement montrés du doigt au cours de la COP25. Dans le collimateur des défenseurs de l’environnement, ces Etats sont ainsi accusés de vouloir introduire des dispositions décriées dans les règles qui régissent les marchés carbone. Ces derniers, pour mémoire, ont été créés par le protocole de Kyoto, entré en vigueur en 1997, et permettent aux pays les moins pollueurs de revendre leurs quotas d’émissions de GES à ceux émettant le plus. Problème : alors qu’ils sont désormais gérés par l’article 6 de l’accord de Paris sur le climat (COP21), deux éléments ont fait échouer leur transformation (pourtant nécessaire).

« Repenser complètement » la méthode

Bien évidemment, il s’agissait, pour les pays qui regorgent de pétrole et de gaz, de ne pas attenter à leur juteux marché. Raison pour laquelle il est plus qu’improbable que Riyad, Brasilia ou Pékin décident d’elles-mêmes de faire évoluer leurs politiques énergétiques. Et, par conséquent, les autres pays, plus enclins à défendre ce qui peut encore être défendu, doivent faire pression sur ces « récalcitrants » pour qu’ils se plient à l’urgence climatique une bonne fois pour toute. Car ils ne se content pas de passer entre les gouttes ; ils cherchent carrément, encore une fois, à modifier les règles à leur avantage. En ayant recours, par exemple, au « double comptage », qui reviendrait à comptabiliser deux fois – donc à surestimer – les réduction effectives de CO2.

Réaction de l'ONG Greenpeace à l'issue de la COP25. Capture d'écran Twitter.

Une absurdité, pour de nombreuses ONG, qui n’ont pas hésité à monter au créneau. « Les gouvernements doivent repenser complètement la manière dont ils s’y prennent, car le résultat de cette COP25, marquée par un délit de fuite des puissantes économies du carbone, est totalement inacceptable », a ainsi dénoncé Jennifer Morgan, la directrice exécutive de Greenpeace. « L’esprit positif qui a donné naissance à l’accord de Paris semble être un lointain souvenir aujourd’hui », a quant à elle regretté Helen Mountford, vice-présidente du World Resources Institute. Mais y a-t-il réellement eu un « esprit positif » pro-écologie, dans ce monde, ou tout ne tourne-t-il pas autour de cette raison économique qui sape décidément bien les choses ?

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